Du dièse au croisillon

La toile s’emballe à propos d’un nouveau terme sorti du chapeau de la très sérieuse commission générale de terminologie et de néologie (CGTN). Celle-ci vient en effet de préconiser « mot-dièse » en lieu et place du « hashtag ».

Capture Twitter
⏩ capture d’un tweet à propos d’un retard des trains

Signe de prédilection sur Twitter, le hashtag est une sorte de mot-clé précédé directement d’un « # ». Une fois publié, le hashtag devient cliquable et renvoie à l’ensemble des autres tweets estampillés du même code. Je ne suis pas du tout partisan de ces habitudes réservées aux férus du gazouillement, mais il permet dans certains cas de resituer rapidement la nature d’une discussion ou de visualiser d’autres commentaires sur le même sujet.

Dièse en musiqueUn des premiers reproches fait à la commission est celui d’utiliser un mot pour un autre. Le fameux « # » présent sur tous les claviers ne serait pas le dièse, mais le croisillon [¹]. Le dièse est un signe musical dont l’apparence est légèrement différente : « ♯ ». Les deux barres sont verticales et les deux autres sont légèrement montantes afin de ne pas se mêler aux lignes de base. Le croisillon quant à lui est composé de droites. Il faut bien admettre que dans la pratique, on se soucie peu de faire la distinction entre les deux surtout quand les deux symboles sont assez proches. D’ailleurs, en Belgique, le croisillon présent sur les téléphones portables est aussi connu sous le nom de « carré ». Une forme encore plus éloignée, mais qui ne choque plus personne. Après, je suis d’accord que venant d’une institution telle que la CGTN c’est plutôt mal venu.

Les concepteurs du réseau social ont choisi un code (#mot) pour rendre opérationnels ces mots clés. Je ne comprends pas bien pourquoi la traduction repose sur la présence d’un signe. Si les auteurs avaient choisi un astérisque (*) en lieu et place du dièse, l’auraient-ils appelé « mot-astérisque » ? À ce rythme, on a échappé à d’autres possibilités : « mot-esperluette, mot-barre-verticale, mot-dollar ». Je suis entièrement d’accord que le hashtag n’évoque rien de bien précis pour le quidam, en revanche je suis encore moins sûr que le nouveau terme éclaire les lecteurs de passage.

Pour la petite anecdote, nombreux ont été ceux à tweeter sur le sujet avec ce hashtag. Seul problème, le système n’accepte ni les espaces ni les traits d’union.

Capture Twitter
⏩ capture d’un tweet de David Abiker

De toute manière, le dernier mot revient à l’usage. Nous verrons si la nouvelle invention sera adoptée ou totalement ignorée comme de nombreuses autres propositions.

[¹] Le terme « croisillon » avec cette acception n’est repris dans aucun dictionnaire usuel. Il s’agit là d’un vocabulaire très spécialisé. N’est-il pas paradoxale de faire référence à un mot spécifique pour un large public ?

Les locutions latines

Une locution est un groupe de mots et qui forme une unité de sens. On peut l’associer à une expression. Les locutions dans notre langue sont nombreuses. Une « bande dessinée » désigne un objet bien particulier et non un ruban de papier sur lequel apparaissent des illustrations. Les expressions en français ne subissent aucun traitement typographique particulier, à contrario des expressions étrangères.

Il est coutume de mettre en italique (dans un texte en romain) toutes les locutions étrangères.

Il s’agit d’un one-man show sensationnel.

De manière générale, les mots latins ou les locutions latines non francisés sont également mis en italique. C’est d’ailleurs le sujet de cet article.

Le texte de l’article a été lu in extenso.

La francisation est un sujet épineux et les discussions vont bon train sur le web. Pourtant, le cheminement d’un mot étranger fait souvent le même parcours. Adopté par une grande majorité, il est lexicalisé par les dictionnaires usuels. Dans une typographie soignée, il s’écrit en italique. Dans certains cas, le mot est francisé ou et perd cette marque typo. Il en va de même pour les mots couramment usités et intégrés à notre langue. Ce fut le cas de « week-end ».

Il est donc intéressant de connaître les locutions latines francisées et celles entrées dans le langage courant. Le Lexique des règles typographiques reprend une liste de locutions latines non francisées . On remarquera en passant que l’Imprimerie classe certains mots latins parmi les locutions.

ad hoc ad libitum a fortiori a posteriori
a priori bis grosso modo ibidem
idem in extenso in extremis in fine
infra loc. cit. modus vivendi op. cit.
passim quater sic statu quo
supra ter via vice versa

On imagine que cette liste n’est pas exhaustive. Dommage. Ce petit ouvrage est censé être une référence en cas d’interrogation. Aussi, tous les ouvrages ne lisent pas les mêmes mots sous cette dénomination. C’est le cas du Ramat de la typographie. Tout ceci rajoute encore un peu plus de confusion.

À noter la position des rectifications de 1990 à cet égard. Elles conseillent la francisation des locutions latines. Par exemple, les formes a priori, a posteriori, in extremis sont francisées pour devenir « à priori, à posteriori, in extrémis ». Dénuées de l’italique, elles se voient composées avec des accents le cas échéant [¹] alors que le latin en est dépourvu.

Toujours dans le même Lexique, on retrouve un certain nombre d’expressions latines « passées dans le langage courant ». Je suis très dubitatif sur la sélection. Exequatur, minus habens, triplicata ne me sont pas familiers. Ces expressions, jugées usuelles, se composent en romain, avec accent et sont variables.

critérium desiderata duo duplicata
erratum exeat exequatur impedimenta
in-folio in-octavo in-quarto intérim
maximum mémento mémorandum minimum
minus habens muséum pensum post-scriptum
quatuor référendum requiem solo
tollé triplicata ultimatum vade-mecum
veto visa    

Pour obtenir la liste des locutions latines et leur signification, référez-vous aux pages roses du Larousse ou à la liste bien fournie sur Wikipédia.

Quid des abréviations ? Elles suivent le même traitement que pour le texte en long. Exception pour certaines abréviations largement utilisées, comme « etc. » écrite en romain alors que la forme « et cetera » (rare à l’écrit) se met en italique [²]. La liste suivante est reprise du Ramat.

Locution Abréviation Signification
ad libitum ad lib. à volonté, au choix
confer cf. ou conf. se reporter à
id est i.e. c’est-à-dire
infra inf. ci-dessous
nota bene N.B. ou NB notez bien
opere citato op. cit. dans l’ouvrage déjà cité
supra sup. ci-dessus
ultimo ult. en dernier lieu

Les abréviations de plusieurs éléments composés chacun d’une seule lettre ne contiennent pas d’espace. Il est toujours préférable de choisir une abréviation d’un mot en français à celui du latin : « c.-à-d. » au lieu de « i.e. » (id est) plus souvent utilisé en anglais.

Au vue de cet article, il est difficile d’affirmer une fois pour toutes que les locutions s’écrivent en italique. Comme bien souvent, les choses sont plus nuancées. Pas simple de donner un avis tranché et définitif. À chacun de faire un choix dans les ouvrages de référence, de suivre ou non les rectifications et d’être attentif à l’évolution des mots.

[¹] « Accentuation des mots d’origine étrangère » (BDL).
[²] La forme francisée « etcétéra », conseillée par les rectifications, reste évidemment en romain.

Les notes de bas de page

La note de bas de page est utilisée dans le monde de l’édition, mais aussi dans n’importe quel document texte. Internet ne fait pas exception à la règle et on les croise surtout pour des textes longs. La note de bas de page est un commentaire explicatif sur un mot (recadrage historique, traduction, avis de l’auteur), la référence à un ouvrage, une citation… Jugée accessoire par le rédacteur, elle se trouve donc mentionnée en bas du document plutôt que dans le texte lui-même.

Capture d’un appel de note de bas de page
⏩ notes de bas de page

D’un point de vue typographique, la note se trouve généralement composée dans un corps de texte plus petit que le texte courant. Elle est signalée par un appel de note sous forme de chiffre ou d’astérisque quand l’usage est moins fréquent. Le chiffre est placé en exposant et décalé par une espace fine si le logiciel le permet, sinon il est accolé au mot. L’appel se place toujours avant la ponctuation, qu’il se rapporte au mot ou à la phrase. Le point abréviatif reste toujours collé à l’abréviation.

exemple2
exemple*,
exemple2 !
exemple2)
exemple, etc.2

Dans la partie basse de la page, la note est séparée du texte principal par un fin filet sur la justification totale de la page ou sur 1/5. On préfère l’éviter si la page est creuse. La note peut alors être rapprochée du texte.

Pour une meilleure lisibilité, le chiffre du début de la note n’est pas mis en exposant, mais repris dans le même corps que le texte et suivi par un point. Suivent ensuite un alinéa et le commentaire.

La mise en page dépend essentiellement du logiciel et de sa maîtrise par l’auteur. Les traitements de texte habituels ne permettent pas de telles finesses et proposent des ajouts préformatés.

Sur une page Web, il est courant d’utiliser les ancres nommées pour des textes longs [¹]. Une bonne solution pour passer rapidement vers le bas de la page. Wikipédia utilise largement cet usage. Cependant, je reste très mitigé sur l’ergonomie. Il existe une coupure entre le clic et l’affichage de note. Cet effet donne l’impression d’être face à une nouvelle page et les lecteurs ne comprennent pas toujours le déplacement.

[¹] À lire: « Jetez l’ancre »

Visualiser ses polices

Votre système d’exploitation dispose par défaut d’un certain nombre de polices de caractères. Libre à vous d’en ajouter sans limites. On en trouve gratuitement en grande quantité sur le web. Chaque écriture se trouve enfouie dans les méandres de Windows et il faut passer par un chemin long et tortueux pour se retrouver face à face avec une série de fichiers. L’autre méthode consiste à utiliser la table des caractères Windows[¹]. C’est austère, limité et très rigide.

Il existe des visionneurs (appelés viewers) de fontes. Un utilitaire ultra pratique et indispensable pour gérer ses centaines de polices. Choisissez un texte de votre cru et habillez-le d’une écriture moderne, hip-hop, cursive, rétro… Agrandissez, changez le texte, la couleur, le formatage. Pour les plus méticuleux, la table des caractères est accessible en un clic. Pratique pour vérifier la présence de certains caractères spéciaux comme les lettres accentuées, les ligatures, l’euro, les guillemets français, etc.

Capture Nexus Font
⏩ capture Nexus Font

Pendant longtemps, j’ai utilisé l’excellent The Font Thing mais il n’est pas compatible avec Windows 7. Qu’à cela ne tienne. J’ai trouvé Nexus Font. Léger et pratique, il gère correctement toutes les polices installées.

Vous avez remarqué le pangramme ?

[¹] Démarrer > Accessoires > Outils système > Table des caractères

Reconnaître une police

Je serai bien incapable de reconnaître une police de caractères avec seulement quelques lettres. Bien sûr, l’observation met en valeur certaines caractéristiques (hauteur d’œil, empattement, contre-forme) et permet de les classer. La diversité des fontes est énorme et il est pratiquement impossible de taper juste à tous les coups, même pour les plus aguerris.

Par curiosité, j’ai parfois envie de connaître la typo d’un logo, d’une marque, une affiche de film, un panneau routier, une publicité ou n’importe quelle autre inscription. « What The Font » est un outil bien pratique. Envoyez-lui une image et le programme tente de distinguer chaque lettre et de les comparer à une base de données. Le résultat n’est pas toujours à la hauteur en raison de la multiplicité des fontes et de la qualité du visuel. De plus, le logo typographique peut avoir été personnalisé par le graphiste ou la fonte utilisée exclusivement à cette fin. Faites alors appel à la communauté via le forum.

Microsoft, Coca-Cola
⏩ Microsoft, Coca-Cola

Peut-être cherchez-vous simplement à connaître le nom de la typographie d’un site web. L’exercice est plus facile et plus fiable dans la mesure où la solution se trouve dans le code source. WhatFont est un outil à intégrer à son navigateur (une extension pour Chrome et un bookmarlet pour les autres navigateurs). Une fois activé, il affiche le nom de la typographie. Un clic affiche tous les détails du choix d’écriture.

Plugin WhatFont
⏩ capture la Libre Belgique et le widget WhatFont

L’écriture à l’école

L’écriture est un exercice de dextérité apprise depuis le plus jeune âge à l’école. Le professeur dessine chaque lettre de l’alphabet suivant une ligne de base. L’écolier apprend à se rapprocher au plus près du dessin. Après plusieurs années de pratique, l’élève trouve un style personnel. En attendant, sur quoi se basent les professeurs pour enseigner le dessin de chaque lettre ? Existe-t-il un modèle de référence propre à tous les enseignants ou chacun fait comme bon lui semble ?

J’ai posé la question à plusieurs amis instituteurs. J’ai été très étonné d’apprendre qu’il n’existe aucun socle commun. Les futurs enseignants récupèrent la matière des anciens. Les élèves s’exercent dans des cahiers d’exercices choisis selon leur professeur. Le ministère de l’Enseignement ne fournit aucune matière et il n’existe aucune directive. Cela suppose donc des variantes plus ou moins prononcées en fonction de chaque école, chaque classe, chaque instituteur.

Le tracé des lettres n’est pas normalisé, c’est-à-dire qu’on observe plusieurs manières de tracer certaines lettres dans notre pays. http://www.tilekol.org

Du coup, comment se fait le choix des écritures cursives ? Pourquoi écrire un H majuscule à l’ancienne plutôt qu’un H simplifié ? Nous savons tous qu’une même lettre possède différents glyphes (forme, représentation, dessin). Existe-t-il des études sérieuses sur le niveau de difficulté du tracé des lettres ? Après tout, il est logique de choisir des écritures simples et faciles à écrire pour des jeunes apprenants. Pas certain qu’une réflexion soit faite de la part des enseignants à ce niveau. Il suffit de voir les sujets laissés sur les forums d’entraide. Bien souvent, les réponses renvoient vers des sites de téléchargement de polices. Une écriture cursive ou du type écolier fait amplement l’affaire.

Internet est bien souvent la solution à tout questionnement. On ne cherche pas à comprendre mais plutôt une réponse pratico-pratique. Or, il suffit de se rendre sur un site comme Dafont.com pour trouver des dizaines de polices écolier. Ci-dessous, la Cursive Standard.

Écriture Cursive Standard
⏩ écriture Cursive Standard

Ne suis-je pas en train de faire fausse route ? Je devrais sans doute remonter le temps pour comprendre le choix typographique. Dans les années 50, l’écriture est un apprentissage rigoureux et exigeant. On ne badine pas avec cette matière. L’enfant doit apprendre à manier la plume, l’encrier, son support ainsi que les pleins et les déliés.

Notre cursive actuelle (laquelle ?) est-elle une adaptation de ce temps passé ? Je n’en suis pas certain. Jadis, la beauté des lettres, la calligraphie faisait partie intégrante de l’apprentissage. D’ailleurs, certains ne se gênaient pas pour prétendre que « l’écriture est la science des ânes ».

Chez nous, les lettres sont attachées entre elles pour former des mots. C’est ce qu’on appelle la cursive, contrairement à la script où les signes se suivent sans se tenir les uns aux autres. Cela suppose donc d’apprendre la lettre et sa liaison à l’intérieur du mot (ce que ne font pas les logiciels).

Alphabet latin enseigné en primaire
⏩ ce tableau vous rappelle certainement des souvenirs

Le sujet peut paraître futile. Après tout, la maîtrise de l’écriture est une base, un outil pour permettre à chaque écolier de s’approprier la sienne et de la personnaliser. D’ailleurs, cette évolution du trait se fait tout au long de notre vie sans qu’on puisse objectivement expliquer les raisons de tels changements.

Numéros de téléphone

Ajouter son numéro de téléphone dans un courrier dactylographié ou sur une carte de visite n’est pas si simple. Les règles suivantes peuvent facilement être reportées à l’écran et servent de fil conducteur. Le plus important est de garder une certaine cohérence dans ses choix. Si vous décidez d’abréger le mot téléphone ou de le remplacer par un pictogramme il est de bon ton de le faire pour l’ensemble des éléments.

Dans la mesure du possible, on tentera d’indiquer le mot « téléphone » en entier, c’est plus élégant. Sur une carte de visite, le mot peut être encombrant et remplacé par l’abréviation correcte « Tél. » ou « tél. » (avec un point). Le fait de mettre deux points à la suite des mots téléphone et fax n’apporte rien de plus à la compréhension et ne fait que surcharger inutilement.


⏩ carte de visite

Pour ce qui concerne la typo des numéros de téléphone, les avis divergent selon les organismes de normalisation et les pays. Il n’y a pas de norme établie, seulement des avis différents. Dans les exemples français ci-dessous, j’ai repris le point de vue d’Yves Perrousseaux en ajoutant quelques commentaires personnels.

Numéros nationaux

Les numéros nationaux s’écrivent par tranche de deux chiffres séparés entre eux par un espace insécable, sans point ni trait d’union.

01 15 85 45 69

En Belgique, on trouve plus volontiers les numéros séparés par des points et précédés du préfixe régional devenu obligatoire. Les numéros de téléphones fixes se composent de 6 ou 7 chiffres précédés du numéro de zone ou du préfixe. Pour les numéros à 6 chiffres, ils sont espacés par groupe de deux. Pour les numéros à 7 chiffres, la division se fait par un premier groupe de trois suivi de deux groupes de deux chiffres.

010 45 63 65 (Ottignies)
02 345 88 56 (Bruxelles)

Les numéros de téléphones mobiles se composent toujours des premiers chiffres du préfixe, suivis du numéro de l’abonné. Jadis, ce préfixe correspondait à l’opérateur de téléphonie (ex: 0477 pour Proximus).

0472 28 95 83

Il existe des numéros spéciaux comme les appels gratuits en 0800 suivi de 5 chiffres. Pour favoriser la lisibilité, ils sont espacés après les deux premiers chiffres.

0800 92 245 (Croix-Rouge)

Pour des raisons mnémotechniques, l’espacement se fait de manière logique.

078 333 444 – 0900 900 11

Numéraux internationaux

Il n’est sans doute pas nécessaire de faire précéder son numéro de téléphone du code international sur sa carte de visite si son activité professionnelle ne s’exerce pas vers l’extérieur. Par contre, sur un site web consultable par n’importe quel internaute – et a fortiori s’il s’agit d’un nom de domaine générique – il n’est pas inutile d’indiquer ce renseignement.

Les numéros internationaux sont précédés du signe + suivi du code international du pays (33 pour la France, 32 pour la Belgique) et sans les faire précéder du zéro.

+33 1 15 85 45 69

Les numéros nationaux et internationaux sont précédés du signe + suivi du code international du pays et du zéro entre parenthèses.

+33 (0)1 15 85 45 69

Lucida, police dédié à l’écran

La fonte Lucida est récente. Créée en 1985 par Charles Bigelow et Chris Holmes, elle est spécialement adaptée pour les écrans et les imprimantes à basse résolution. Lucida comporte un grand nombre de styles (avec et sans empattements, chasse fixe, script…) afin de varier les genres et de conserver une harmonie dans une même composition. C’est une des premières fontes dédiée à l’écran à posséder un jeu de caractère étendu avec notamment des signes mathématiques, grecs et autres symboles.


⏩ variantes Lucida

Lucida Console est la police par défaut des documents textes dans Windows. C’est également la typographie du texte lors d’un plantage de l’ordinateur PC et son fameux écran bleu de la mort. Depuis Mac OS X, le Lucida Grande est devenu la police standard.

Pour compléter la lecture: « Notes on Lucida designs »

La typographie plomb

En typographie, un caractère est une pièce en plomb dont l’extrémité représente un signe: lettre, signe de ponctuation, caractère spécial… Les caractères d’une même famille et d’une même taille sont rangés dans un meuble en bois, appelé « casse ». Le typographe choisi en aveugle les signes nécessaires à la composition de son texte et les aligne dans un composteur. Les caractères sont déposés dans une forme. Une fois la maquette terminée et corrigée, le tout passe à l’impression papier.


⏩ caractère typographique de la capitale A

Le sillon situé au deux tiers du caractère est un repère visuel et tactile pour le typographe. Il pioche dans la casse des lettres. Pour ne pas faire d’erreur et gagner en rapidité, le creux lui indique immédiatement si le signe est correctement positionné dans le composteur.

Fabrication du caractère

La naissance d’un caractère mobile se fait suivant un moule. Cela se passe en trois parties. La première est la création d’un poinçon dans de l’acier. C’est le dessin de la lettre, du signe. Il demande une grande précision dans les gestes et la moindre erreur peut être fatale. La deuxième est la création de la matrice. Le poinçon est imprimé sur la matrice en cuivre pour créer une forme qui va servir de moule. Troisièmement, les matériaux sont coulés et refroidis pour donner le caractère typographique. Source: Garamon patrimoine.


⏩ poinçon à droite, matrice en haut et caractère en bas

Le compositeur procède à l’assemblage des caractères dans la galée, puis des lignes ainsi formées dans un cadre en bois: la forme. Il peut incorporer des bois gravés pour l’illustration. Une fois remplie, la forme est tamponnée d’encre et installée sur la presse. On y pose la feuille. On fait pression sur la feuille en abaissant la platine de la presse. La feuille est alors imprimée.

Composition d’une fonte

Le meuble typographique se compose de nombreux caractères et signes de composition. Ils sont fournis par le fondeur en quantité souhaitée en fonction de la fréquence d’utilisation et la longueur des textes. On a donc une seule police, avec un corps précis et une graisse. Il pouvait ainsi exister parfois un très grand nombre de caractère (plus de 100 000) pour une seule fonte.


⏩ meuble typographique – Musée de l’Imprimerie à Bruxelles

À titre de comparaison, les polices informatiques (de type vectorielles) sont stockées dans un seul fichier et les déclinaisons de taille sont interpolées de 1 à 1 638. Imaginez le gain de place !

Contenu d’une fonte

Un police traditionnelle en typographie plomb comprend:

  • les lettres bas de casse: a, b, c…
  • les lettres capitales: A, B, C…
  • les lettres accentuées bas de casse: à, é, ù…
  • les lettres accentuées capitales: À, É, Ù…
  • les chiffres: 0, 1, 2, 3…
  • les signes de ponctuation: ({[…
  • les signes et symboles divers: &, #, +, =

Une police « experte » comprend éventuellement:

  • les lettres capitales ornées
  • les formes variantes pour lettres terminales
  • les petites capitales
  • les chiffres bas de casse
  • les ligatures

Dans la pratique

Le compositeur lisait le texte (manuscrit par exemple) à reproduire, tout en sélectionnant avec une grande rapidité les caractères d’imprimerie dans les casiers de la casse. Il composait les lignes, puis les disposait dans la forme. Une fois remplie, la forme était couverte d’encre, posée sur la presse, et on y appliquait la feuille pour imprimer.

« Police » ou « fonte » ?

On entend souvent parler de police de caractère et de fonte. Pour certains, ces deux termes sont synonymes et pour d’autres l’une ne désigne pas l’autre. Une police désigne la famille de caractère (Garamond) et la fonte est le jeu complet de caractères d’une même police mais avec un corps précis et une graisse (Caravelle, gras, corps 12). Cette confusion vient sans doute de l’anglais qui regroupe les deux aspects sous le nom de font.