Retranscription phonétique

Sur un site de langue française, il parait évident de communiquer la prononciation d’un mot sans équivoque. Exercice périlleux surtout quand on souhaite s’adresser à un large lectorat, du quidam au plus expérimenté.

Au début, je pensais offrir une retranscription phonétique par assemblage. C’est d’ailleurs ce que fait l’enfant en apprentissage de la lecture. Il lit chaque lettre les unes à la suite des autres pour former in fine un mot. La mémorisation de chaque lettre énoncée permet la découverte du mot. En fonction de sa bibliothèque de mots appris, il pourra lui donner un sens. Le « piano » est un mot, mais aussi et surtout un objet matériel identifiables par l’ensemble des locuteurs qui partagent notre langue. Dans cet exemple, toutes les lettres sont prononcées sans difficulté. Or, le français n’est pas aussi simple.

Comment, par exemple, faire entendre les voyelles nasales : [an] (divan), [in] (infantile), [on] (garçon), [un] (lundi) ou encore le [ch] (cheval), le [nll] (vigne), [ing] (parking) ? Ces phonèmes (sons) ne se retrouvent pas directement sous la forme de lettre. Il fallait donc trouver un alphabet spécifique capable de proposer tous les sons de la langue française. Celui-ci existe et porte le nom d’alphabet phonétique international (API) [¹]. Il est d’ailleurs utilisé par le Petit Robert et le Larousse pour les mots qui posent éventuellement une difficulté.

En parlant de ces deux ouvrages de référence, il faut faire quelques distinctions pour les versions en ligne. Le Larousse a choisi de proposer gratuitement une version allégée de son dictionnaire avec un nombre important de publicité. Aucune retranscription phonétique n’apparait si ce n’est la lecture vocale automatisée qui donne des résultats très mitigés [²]. En revanche, la version en ligne payante du Robert est plus fiable. En plus d’avoir l’API sur tous les mots, une lecture vocale adaptée est proposée pour les mots difficiles.

Capture le Robert en ligne
⏩ capture le Robert en ligne

Capture le Larousse en ligne
⏩ capture le Larousse en ligne

La banque de dépannage linguistique – référence pour toutes les questions relatives à la langue française – a choisi d’adopter l’API. Seuls quelques caractères ont été adaptés pour mieux correspondre aux prononciations québécoises. Pour visualiser correctement tous les signes, il faut impérativement télécharger et installer une police spécifique (API TLFQ). La retranscription API se fait entre crochets, suivie – occasionnellement – d’une prononciation plus accessible entre parenthèses.

Capture BDL
⏩ capture de la BDL

Je pourrais faire le tour d’autres grands noms comme le Littré, le Hanse, le Bon usage. Une petite visite des autres dictionnaires, notamment en langue anglaise, serait un bon exercice pour se faire une idée plus globale de l’approche phonétique. La démonstration, somme toute intéressante, risque de tirer en longueur.

Capture Cambridge en ligne
⏩ capture du Cambridge en ligne

L’alphabet phonétique international

L’API possède de nombreux avantages. Le principal se résume comme suit : un seul signe pour un seul son et un seul son pour un seul signe [³]. Une sorte d’universalité dans la retranscription des sons. Cela suppose donc un ensemble de caractères communs avec d’autres langues proches du français. Seul gros inconvénient à mes yeux : il n’est pas entièrement intuitif même pour des locuteurs francophones. En effet, certains signes proposés par l’API s’éloignent de notre alphabet latin et de nos habitudes. Difficile de déduire que le son [ch] (cheval) est transcrit par le signe « ʃ » et « y » symbolise le son [u] (unisson). Sur les 37 signes proposés, seuls 17 nous sont familiers.

Par ailleurs, certains lui reprochent son manque de finesse. Par exemple, aucune distinction n’est faite entre un son court et long : mou [mu] et moue [mu] ; un fait [fɛ] et une fête [fɛt]. C’est étrange de ne pas retrouver la marque de longueur symbolisée par deux points (ː) comme on le retrouve en anglais (feast [fiːst]). Sans doute une volonté de ne pas alourdir la prononciation.

Reste à trouver la bonne forme pour rendre compréhensible cet alphabet au quidam. La plupart des dictionnaires ont choisi la forme entre crochets [xx] quand il s’agit de l’API. On a plus rarement des parenthèses (xx) ou entre barres obliques /xx/. Face à cette disparité, il est toujours bon de se référer au début de l’ouvrage papier pour se familiariser avec les signes de la phonétique en usage. Dans mon cas, j’ai opté pour les crochets.

Enfin, les caractères spéciaux appartenant à l’API ne se trouvent pas nativement dans toutes les polices d’écriture. Voici les fontes compatibles avec l’alphabet universel: Arial, Arial Unidcode MS, Charis SIL, Courier New, Doulos SIL, Gentium, Lucida Grande, Lucida Sans Unicode, Microsoft Sans Serif, Seoge UI, Tahoma, Times New Roman.

L’alphabet phonétique du français

En cherchant sur la toile, je suis tombé sur l’alphabet phonétique du français (APF). Il a le mérite d’être plus accessible, mais conserve des caractères spéciaux pour certains sons (ö pour le son [eu], ê pour le son [in]). La retranscription du Littré semblait plus adaptée : [ch] (chat), [é] (éléphant), [è] (grève), [an] (divan), [on] (gond), [z] (zèbre), [k] (klaxon), [ll] (tra-vall), [j] (a-jin-da), [â] (âtre), [ô] (peau), [eu] (jeu). Sa principale qualité en fait son principal défaut : très léger et accessible, mais imprécis. Comment faire prononcer le son [ane] (manne) quand le couple an correspond au son [an] (grand) ? Pourquoi la moue est-elle retranscrite [moue] dans l’expression faire la moue, alors que le e est muet ? On trouve d’autres exemples comme le pudding [pou-dingh].

L’alphabet phonétique français

Le collectif Ortograf-FR milite pour une orthographe simplifiée et l’utilisation d’un alphabet phonétique français. Selon ce collectif, l’API est trop complexe pour les apprenants et ne reproduit pas suffisamment les nuances en français (par exemple la prononciation entre paix et pet). Cet alphabet contiendra une touche « digramme ». Cette dernière permet de relier deux lettres successives par un trait. Ainsi, les voyelles nasales (ou, an, in, eu) pourront être rapidement identifiées, tous les autres signes étant séparés.


⏩ capture Alphabet-fr

L’idée est intéressante mais elle nécessite la connaissance du principe de base. Après, la mise en pratique n’est pas idéale pour le web (utilisation d’un fonte de caractères spéciale), l’alphabet est peu (re)connu, comporte certaines incohérences et n’est pas finalisé.

À lire les articles du collectif, on est en droit de se poser certaines questions. Un dénigrement systématique envers les rectifications orthographiques. Cette critique virulente va de pair avec la valorisation et l’ingéniosité de leur alphabet, présenté comme le saint Graal dénué de toutes contraintes. Ils font régulièrement état de leur sentiment de sabotage de la presse à leur encontre et de la censure sur Wikipédia. La paranoïa est un autre élément récurrent du discours. Bref, il y a lieu d’avoir des réserves.

[¹] Voir le tableau des signes de l’API.
[²] Essayez « tiramisu » ou le fromage « munster ».
[³] C’est du moins la théorie. Je note par exemple que le symbole phonétique [r] censé représenter le même son, est différent en anglais (car) et en français (rouler). Idem pour le [e] qui se prononce é (thé) en français et è (egg) en anglais. Inversement, le son /a/ est retranscrit en phonétique par le signe [a] en français et [æ] dans l’autre langue. En anglais, on trouve des combinaisons de voyelles formant un seul signe phonétique – aussi appelé diphtongue (phone [əʊ]). Autre élément troublant, dans la retranscription phonétique française, l’apostrophe en début de mot spécifie un h aspiré [’aʀiko] alors qu’en anglais ce signe précède l’accent tonique (stressed syllable) [’pɜː.fekt]. Toutes ces variantes en fonction de la langue ne convergent pas vers un alphabet universel.

Les chausse-trapes de la prononciation

La prononciation est un domaine fascinant. Dans un souci de clarté, j’ai ajouté la façon de prononcer les mots entre crochets. Elle ne correspond pas à l’écriture phonétique mais à l’avantage de convenir au plus grand nombre.

En écrivant cette rubrique, certaines prononciations m’ont abasourdi. Il faut bien faire la différence entre ce qui est recommandé et ce qui est utilisé dans la langage courant. Chacun adaptera son langage en fonction de son public. Il est fortement probable que je me fasse passer pour pédant aux yeux de mes proches en usant des recommandations ci-dessous.

La prononciation est un vaste sujet, mais passionnant. Il n’est pas toujours aisé, même pour des locuteurs francophones, de connaître la bonne manière de prononcer certains mots et notamment les mots d’origine étrangère (bunker, ketchup, punch, kung-fu, tagliatelle). Le mieux est de se référer au Robert. Pour chaque mot du lexique, on trouve la prononciation entre crochet. Évitez les outils automatisés dont le résultat est très aléatoire. C’est le cas pour le Larousse en ligne qui donne parfois des résultats totalement farfelus (munster, tiramisu).

➠ Abasourdir

[abasourdir] ou [abazourdir] ? Un s entre deux voyelles se prononce [z]. Aussi, le mot ne vient pas de « sourd » mais d’un vieux mot d’argot. Le Larousse en ligne prononce [z] de même que le conseille le dictionnaire Bordas.

La prononciation en [s] est acceptée mais dans la première acception du mot: étourdir quelqu’un à l’extrême par un grand bruit et non stupéfier, ne pas en croire ses oreilles. Pour aller dans le même sens, assourdir est un verbe assez proche au niveau sémantique et lui se prononce [s].

➠ Agenda

Le son [en] ne se dit pas [èn] et encore moins [en] comme un agent de police. Il faut le dire [in] comme dans train. D’ailleurs, la ville d’Agen – célèbre pour ces pruneaux – se prononce exactement de la même manière.

➠ Alcool

« Alcool » est un nom masculin. Malgré son doublement de voyelle, on prononce une seule fois le o.

➠ Almanach

Alors cette fin de mot ça donne quoi ? [ch] ou [k] ? Rien de tout cela. Le ch ne se prononce pas. Seule exception: on prononce le [k] pour faire la liaison. On dira: un almanach [k] ancien.

➠ Ananas

Doit-on prononcer le s final ou pas ? Le Robert accepte les deux prononciations. En Belgique, il est coutume de ne pas le prononcer.

➠ Arguer

Tout comme le mot « argument », on prononce le u, sinon cela ne veut plus rien dire.

➠ Aulne

L’aulne (substantif masculin) est un arbre d’Europe. Le l se prononce, ou non. Le Larousse l’écrit également sans le l. À ne pas confondre avec la aune (substantif féminin) qui désigne une ancienne mesure de longueur.

➠ Auxerre

Le Belge que je suis serait tenté de dire [ôksèr]. Pourtant, le x se prononce [s]. On dira de même pour les habitants. Par contre, quand il s’agit de l’église de Paris Saint-Germain-l’Auxerrois on prononce [ks].

➠ Bœufs

Un « bœuf » [bef] mais des « bœufs » [beu] comme dans jeu. Même règle pour les « œufs ». Par contre, le « Bœuf Gras » (figure festive du Carnaval) a gardé son ancienne prononciation, à savoir [eu].

➠ Bruxelles

Tout comme Auxerre, Bruxelles se prononce avec un [s] ainsi que ces habitants.

➠ Carrousel

Peu importe ce qu’il désigne, la terminaison se dit [zèl] puisque le s se trouve entre deux voyelles.

➠ Cassis

En fonction de ce qu’il désigne, il ne se prononce pas de la même manière. Le [kasis] est le fruit, la liqueur ou le sirop. Par contre, quand il désigne la rigole au centre de la route pour l’écoulement des eaux, le s final ne se fait plus entendre.

➠ Cerf

En principe, nous le prononçons tous correctement: [sèr]. Par contre, le f final du serf (esclave du Moyen Âge) se fait entendre.

➠ Chatter

Ce verbe vient de l’anglais to chat, bavarder. Le nom commun « chat » se prononce à l’anglaise [tchat]. Bizarrement, le Larousse propose la graphie « tchatter » mais conserve le « chat » dont la recommandation officielle est « dialogue en ligne »

➠ Chips

Ce nom féminin (une chips) est souvent utilisé au pluriel. On dit [chips] et pas [tchips].

➠ Conchyliculture

La « conchyliculture » est la culture des coquillages et en particulier celle des huîtes et des moules. Au-delà du vocabulaire, le mot a une particularité bien à lui. Contre toute attente, il ne se prononce pas [konchi] mais [konki] comme dans « orchestre, orchidée ».

➠ Consensus

La milieu du mot se prononce [sin], comme dans coussin.

➠ Dam

Ce mot se retrouve surtout dans l’expression « au grand dam de… ». Selon les ouvrages de référence, il se prononce comme dent (avouez que ça choque !) mais la plupart des gens disent [dam] comme pour Adam.

➠ Désuet

L’adjectif désuet et son dérivé désuétude, l’s ne se prononce pas [z] mais [s].

➠ Dompter

Aussi bizarre que cela puisse paraître, le p intérieur ne se prononce pas de même que les dérivés: domptage, dompteur, domptable. Aussi bien le Hanse, le Bordas que l’Académie française sont unanimes sur ce point.

➠ Drachme

La drachme {n. f.} est l’ancienne monnaie de la Grèce. Le ch se prononce [k].

➠ Échevin

Employé en Belgique, le e médian se prononce… ou pas (selon le Robert).

➠ Encoignure

L’encoignure est l’angle intérieur formé par l’intersection de deux murs. Le coin se retrouve dans le mot. Un g s’est intercalé et le i disparaît à l’oral: [enko].

➠ Exempt

« Exempt » signifie dispensé. Le -pt final est muet. Le féminin est « exempte » dont le p ne se prononce pas. Enfin, dans « exemption » toutes les lettres se lisent.

➠ Fascisme

Attention au couple de consonne sc. Ce mot italien francisé se prononce couramment [ch] mais il est préférable, selon Bordas, d’émettre un son sifflant [s].

➠ Féerie

Mot inévitable au moment des fêtes et parfois orthographié: « féérie » (variante acceptée par le Robert). On le prononce simplement [féri].

➠ Forsythia

En plus d’être une épine à la prononciation [forsisia] c’est une plaie orthographique. Mais on aime bien ça. Elle a pour origine un certain M. Forsyth.

➠ Gent

Ce mot féminin est une source d’erreur fréquente. Il se prononce [jan] comme dans Jean. Pourtant, on entend souvent [jante]. Ce mot se retrouve surtout dans « gent féminine, gent masculine ».

➠ Gentilé

Les habitants d’un pays, d’une région sont appelés les gentilés (avec un seul l). On prononce [ilé] comme dans lila.

➠ Ginseng

Le ginseng est une racine de Corée avec des propriétés toniques et aphrodisiaques. On la trouve notamment dans le thé. Il se prononce [jinsèng].

➠ Handball

« Football, basket-ball… » sont des mots tirés de l’anglais. On prononce [aul]. Par contre « handball » vient de l’allemand, donc on prononce [al].

➠ Immanquable

« Immédiat » se prononce sans trop de difficulté comme d’autres mots commençant par -imm. Par contre, il y a quelques exceptions comme « immanquable », « immanquablement » et « immangeable » dont le début se prononce [in] comme dans indigent.

➠ Indemne

Est indemne, une chose sans aucun dommage. On prononce bien [mne] comme dans indemniser et les dérivés.

➠ Israël

Le s se trouve entre une voyelle et une consonne. On prononce donc [s] et pas [z].

➠ Juin

Par fainéantise ou ignorance, le mois du début de l’été se prononce comme un joint. Or, la première syllabe est ju suivi du son [in].

➠ Jungle

Aussi curieux que cela puisse paraître, la jungle doit être prononcée [jongl]. Serge Gainsbourg le prononce fort bien dans sa chanson Élisa.

➠ Klaxon

La terminaison pose parfois question. Alors que le Robert accepte [klaxon] (comme dans ballon) ou [klaxone] (comme dans sonne), le Larousse n’admet que la seconde prononciation.

➠ LaTeX

Selon Wikipédia, ce langage de composition de documents se prononce [latèk] ou [latèx].

➠ Linguiste

Pour ce spécialiste de la langue, ce sera [linguist] et non [lingouist]. C’est subtile mais ça fait toute la différence.

➠ Lumbago

Ce tour de reins se situe dans le bas du dos, à hauteur des lombes. Le um se prononce [on] et pas [in]. Le Larousse et le Robert acceptent les deux. D’ailleurs, ces derniers autorisent la graphie « lombago ».

➠ Malin, maligne

Dans le langage courant, le g de maligne reste muet alors que le Larousse et le Robert sont unanimes pour le prononcer comme dans digne. Idem pour bénin, bénigne.

➠ Mentor

Il se prononce de deux manières: [mentor] ou [mintor]. On retrouve ce en grec dans rhododendron.

➠ Mesrine

La question de la prononciation des noms propres est délicate. Il appartient au détenteur de la définir peu importe les règles en la matière. Il semblerait que le criminel ne supportait pas qu’on entende le s de son nom. Selon son avocat, il faut prononcer « Mérine ».

➠ Million, milliard

La présence des deux l ne signifie pas qu’on prononce [ll] comme dans bouillon. Dans le cas de million et milliard, c’est un [l] de Lotto.

➠ Mnémotechnique

Il est tentant de prononcer [mémo] puisque le suffixe fait référence à la mémoire. On prononce bel et bien le n en début de mot.

➠ Mouscron

Ville francophone de Belgique. Le s ne se prononce pas. Il en va de même pour les gentilés: les Mouscronnois,es.

➠ Munster

C’est bien [munster] comme dans lundi et la terminaison de radiateur.

➠ Musc

Une odeur de [musk]. Il n’y a pas vraiment de difficulté mais on entend parfois [mesk].

➠ Osciller

Le diable se cache dans les détails. Ici, l’erreur souvent commise est de prononcer [iller] comme une bille. Pourtant, c’est bien le son [l] comme dans Lustucru.

➠ Persil

Le Girodet nous dit que le ‘l’ final est toujours muet ! Confirmation avec le dictionnaire québécois Usito. En Belgique, cette consonne se fait entendre. (En France  ?).

➠ Posologie

C’est amusant, j’ai toujours dit [posologi] et personne pour me corriger. D’après les ouvrages, on dit plutôt [pozologi].

➠ Pugnacité

Dans un échange, une personne pugnace est combative et aime la discussion. Pugnace (et ses dérivés) s’articule en deux temps: [pug-nas] et non pas [gn] comme dans oignon.

➠ Quadragénaire

Une personne âgée entre 40 et 49 ans est quadragénaire: [kwa] ou [ka].

➠ Rhododendron

La fin du mot se prononce [dindron]. Attention au placement du h.

➠ Scorbut

Cette maladie se termine par un ‘t’ euphonique. Il est parfois muet au Québec.

➠ Suspense

Lors d’une dictée, j’ai été frappé par la prononciation de ce mot. Pas facile de savoir comment le prononcer. Je note qu’il faut bien distinguer suspens (mettre une affaire en suspens) et le suspense d’un film. Ce dernier est un anglicisme (suspense) mais aussi un emprunt du français (suspens). Le Robert et le Larousse le prononcent à l’anglaise [suspèns] dont le s final se fait entendre. Le Bordas est sur la même longueur d’ondes mais accepte la prononciation à la française [suspans] et propose de remplacer l’anglicisme par la version francisée suspens [suspan]. Pas étonnant qu’au final, on s’en mêle les pinceaux.

➠ Tagliatelle

Je me suis fait reprendre par une Italienne avant de choisir cet ingrédient. Contrairement à ce qui se dit, on ne prononce pas le g: [taljatεl]. Il en va de même pour le peintre Modigliani. Imbroglio (situation confuse) est du même acabit . Dans la pratique, ces noms communs sont entré depuis longtemps dans le vocabulaire et on prononce à la française en faisant entendre le « g ».

➠ Tiramisu

Quand j’entends un grand cuisinier comme Jean-François Piège parler de [tiramisu], j’ai mal aux oreilles. Pire encore, le Larousse en ligne prononce [tiramizu].

➠ Tsar

Le tsar se prononce de deux manières : [tsar] ou [dzar].

➠ Vingt

En Belgique et dans le nord de la France, le « vingt » se prononce [vint] en insistant sur le t final alors que la bonne prononciation est [vin]. D’ailleurs, c’était un piège lors d’une dictée de M. Dewaele et sa pièce montée coiffée de son vingt rouge. Petite remarque, nous (les Belges) disons [vint] mais [katre-vin].

➠ Yacht

Le yack (ou yak) est le nom du mammifère ruminant d’Asie. Le yacht est un navire de plaisance. Ce mot est d’origine néerlandaise et non anglaise. Il devrait se prononcer [yak] ou [yakt]. Pour éviter toute confusion avec le premier animal, on le prononce [yot] ou [yôt].

La plupart de ces exemples sont tirés du Français correct pour les Nuls de Jean-Joseph Julaud.

Prononcer la consonne finale… ou pas

La langue française est parfois parsemée de pièges et notamment à la prononciation. À force de lire certains mots sans les avoir entendus, on finit par assimiler une prononciation qu’on croyait correcte. Il y a de nombreux exemples chez nos amis néerlandophones. Par exemple, la nouvelle Secrétaire d’État à l’Asile, Maggie De Block, parlait des « flux [fluks] migratoires » sans que personne ne la corrige. On ne lui en veut pas. Elle fait l’effort de venir s’exprimer en français sur des plateaux francophones. À sa décharge, les références et même les linguistes ne sont pas toujours unanimes sur la prononciation correcte.

À propos de certaines consonnes finales, Bernard Cerquiglini de TV5 Monde était catégorique en ce qui concerne moeurs, août, but, legs: « On ne prononce pas ces consonnes finales, point! ». Très bien monsieur le professeur, sauf que Le Petit Robert 2012 est plus docile sur le sujet.

Ci-dessous, j’ai repris quelques exemples susceptibles d’erreurs. Sont exclus les mots étrangers (non francisés) ainsi que les noms propres. Bien qu’il n’est pas inutile de rappeler aux Français que notre port d’Anvers se prononce avec le s final, sinon ça ne veut rien dire.

  • cadenas [kadnɑ]
  • coût [ku]
  • un détritus [detʀity(s)]
  • distinct [distɛ̃(kt)]
  • dix-huit [dizɥit]
  • dix-huit [dizɥi]*
  • ananas [anana(s)]
  • anis [ani(s)]
  • août [u(t)]
  • aulx [o]
  • but [by(t)]
  • des os [o]**
  • plus [ply]*
  • plus [plyz]***
  • rachis [ʀaʃis]
  • thermos [tɛʀmos]
  • tandis que [tɑ̃diskə]
  • joug [ʒu]
  • klaxon [klaksɔn]
  • un legs [lɛ(g)]
  • mœurs [mœʀ(s)]
  • oasis [ɔazis]

* Devant une consonne.
** Ce mot s’écrit de la même manière au singulier et au pluriel. Par contre, sa prononciation est différente. Un mot à retenir pour cette originalité.
*** Devant voyelle et h muet.

Quelle gageure !

Ce mot est terrible. Je ne l’ai découvert que tout récemment. Une gageure a plusieurs significations. Jadis, il signifiait une promesse réciproque de payer le gage convenu si on perd un pari (dixit Le Robert). Au figuré, se dit d’une gageure; une action, une opinion ou un projet si étrange qu’il est le résultat d’un pari ou d’un défi.

Là difficulté de ce mot se trouve dans sa prononciation. On ne dit pas [gaʒœʀ] (gajeur) mais [gaʒyʀ] (gajur). Pourquoi cette bizarrerie ? En fait, si on écrit gagure le mot se prononce [gagyʀ]. Comme je l’ai vu précédemment, pour avoir le son [ʒ] (jardin) il faut ajouter e puisque la lettre suivante est u. Du coup, on se laisse avoir par le couple de lettres eu et on prononce comme majeur.

La faute de prononciation est courante même pour des professionnels du métier comme dans ce commentaire audio tiré de Télé Bruxelles: « Une gageure que de réaménager cette place Saint-Lazare ».

Et si vous n’êtes toujours pas convaincu, voici l’explication en vidéo…

Dans la même veine, on trouve « vergeure » (terme technique dans la fabrication du papier), « mangeure » (endroit rongé ou mangé d’un tissu ou d’un pain).

Prononciation du w

En Belgique, la prononciation du « double V » est un cas à lui tout seul. Tantôt il se prononce [wé], tantôt [v]. Même chose pour les abréviations où l’usage n’est pas très régulier. On dit volontiers une BMW [wé] mais le club de football RWDM [doublevé]. Il en va de même pour certains noms propres d’origine étrangère.

Les Français préfèrent prononcer les mots avec un [vé] comme dans wagon, W.-C. Pour autant, tous les w ne se prononcent pas de la sorte. Généralement, les mots d’origine anglaise ou hollandaise, se prononcent bien [w] comme en anglais.

wallon, waterproof, whyisky, sandwich, walkman, console Wii, Waterloo

Les mots d’origine allemande se prononcent [v].

wagnérien (Richard Wagner), walkyrie, wagon

Pour ce qui concerne les noms propres, cela devient compliqué. Il faut bien souvent se référer à la prononciation originale ou celle adoptée au pays. Au final, on prononcera comme souhaite le principal intéressé. Il n’est pas rare qu’un journaliste pose la question à l’interviewé au lieu de commettre une bourde. Par exemple, l’homme d’État polonais Lech Walesa se prononce [v].

Voir aussi la page des « Belgicismes ».

Écriture phonétique

Pas évident de donner la prononciation correcte d’un mot quand cette dernière est particulière. Prenez l’abréviation « SCSI » pour désigner un type de connecteur en informatique. Il ne se prononce pas lettre par lettre mais [skouzi]. Pour être tout à fait exact, il faudrait écrire [skuzi].

Cet alphabet est utile afin de prononcer correctement des mots plus rares ou étrangers. Dans le dictionnaire, la prononciation correcte est mise entre crochets en utilisant l’alphabet phonétique. Par exemple:

Monœcie [ mɔnesi ] — BOT. Caractère d’une plante monoïque.

Cet alphabet est normalisé. Chaque signe représente un son précis et unique. Quelques fois, les sons se ressemblent. Pour ne pas les confondre, j’ai ajouté des exemples dans lesquels se retrouvent les sons.

Tableau des voyelles
Phonème    Graphie Exemple HTML
[ a ] a, à, ha lac, à, habit a
[ ɑ ] â, a pâte, cadre ɑ
[ ɑ̃ ] an, am, en, em, han, aon divan, jambe, gentil, remplir, hanté, paon ɑ
̃
[ ə ] e, ai, on leçon, faisan, monsieur ə
[ e ] é, er, ai, ez, hé égal, danser, j’aurai, chez, hélas e
[ ε ] è, e, ai, ei, ê, he, et, ey, enn, ess, ett sève, espoir, j’aime, neige, crêpe, herbe, jouet, Ciney, chienne… ε
[ ø ] eu, oeu jeu, voeu ø
[ œ ] eu, heu, oeu seul, heure, oeuf œ
[ i ] i, y, ï, hi fourmi, cygne, haïr, hiver i
[ ɛ̃ ] in, im, en, ain, ein, aim singe, impoli, chien, train, frein, faim ɛ
̃
[ o ] o, au, eau, hau, ô rose, autour, peau, hauteur, drôle o
[ ɔ ] o, au, ho note, mauvais, homme ɔ
[ ɔ̃ ] on, om, hon carton, pompier, honte ɔ
̃
[ u ] ou, où, soupe, où, goût u
[ y ] u, û, hu têtu, bûche, humide y
[ œ̃ ] un, um lundi, parfum œ
̃
Tableau des semi-voyelles
Phonème Graphies Exemples HTML
[ j ] i, ll, il, ill, y pied, billet, travail, rouille, yogourt j
[ w ] oi, oin, ou, w loi, soin, oui, Halloween w
[ ɥ ] u, hu lui, huit ɥ
Tableau des consonnes
Phonème Graphies Exemples HTML
[ b ] b abri b
[ k ] c, cc, qu, k, ch café, occupé, quand, kilo, chorale k
[ ʃ ] ch achat ʃ
[ d ] d, dd don, addition d
[ f ] f, ff, ph fort, siffler, phrase f
[ g ] g, gu globe, déguisé g
[ ɲ ] gn saigner ɲ
[ ʒ ] j, g, ge jeu, agile, plongeon ʒ
[ l ] l, ll lune, ballon l
[ m ] m, mm amour, commande m
[ n ] n, nn nature, personne n
[ p ] p, pp pouce, appeler p
[ r ] r, rr, rh rond, verre, rhume r
[ s ] s, ss, c, ç, t, x sel, tousser, cinéma, garçon, invention, six s
[ z ] s, z raison, zéro z
[ t ] t, tt, th très, attache, thé t
[ v ] v vite v
[ ks ] x, cc, xc taxi, accident, excité k
s
[ gz ] x examen g
z

Ci-dessus, j’ai repris le tableau tiré du livre: « Grammaire de base » aux éditions De Boek (pp. 209 à 211). Pour un tableau plus complet, reportez-vous à la « Liste des graphies des phonèmes du français ». Enfin, pour connaître les appellations de chaque signe, reportez-vous à l’alphabet phonétique international (PDF – 126 Ko).

Cet alphabet sert à reproduire un son fidèlement. Il faut un peu de pratique avant de le mémoriser. Si vous le trouvez compliqué ou peu adapté à vos lecteurs, adoptez une retranscription phonétique à l’aide des lettres romaines comme le fait Le Littré.

Comment écrire en phonétique

L’alphabet phonétique est assez complexe mais ce tableau simplifie grandement les choses. La plupart des phonèmes sont représentés par des lettres de notre alphabet latin. Il contient également des lettres de l’alphabet grec (alpha, epsilon) et des signes particuliers (o barré, o ouvert, h culbuté, schwa). J’ai mis l’entité numérique en HTML pour ajouter le signe dans une page web. Dans certains cas, le signe de nasalisation  ̃ est décalé par rapport à son caractère. Il faut choisir une police qui gère les deux signes correctement comme le DejaVu Sans.

{code type=html}

ɑ̃

{/code}

Peut-être avez-vous besoin de ces caractères dans un document texte. Difficile alors d’y insérer du code HTML. Pour ajouter des signes de l’alphabet phonétique international, cherchez du côté des insertions de symboles. Dans Writer d’Open Office: Insertion > Caractères spéciaux… puis choisissez le sous-ensemble Extensions IPA.

Capture de la boîte des caractères spéciaux sous Open Office

Il existe également des outils en ligne relativement simples à utiliser comme le Lexilogos. Choisissez votre caractère et copiez-le dans un traitement de texte. N’oubliez pas de choisir une police compatible.