Jeu 19 : quart de singe

Ce jeu ne nécessite pratiquement aucun matériel et se joue dans n’importe quelles conditions (une file d’attente, les transports en commun, chez des amis).

Un joueur au hasard prononce une lettre. Le suivant énonce à son tour une deuxième lettre afin de former un mot. Le troisième complète avec une lettre, etc. Par exemple, le premier dit s. Le deuxième pense à « salsifis » et donne la lettre a. Le troisième reçoit s + a et imagine une « salaison ». Il ajoute un l. Le quatrième pense à « saltimbanque » et annonce le t. Ainsi de suite. Les noms propres, les marques et onomatopées sont interdits. Les verbes conjugués et les formes au pluriel sont évidemment d’une grande utilité.

Quand il n’est plus possible de prolonger le mot, l’intéressé peut avoir deux réactions : l’abandon ou le bluff. Dans le premier cas, il perd et reçoit un quart de singe représenté sous forme de carte ou d’un objet quelconque. Dans le second cas, son voisin attentif suppose une tromperie et annonce tout haut « bluff ». Le joueur doit alors dévoiler sa tromperie (et reçoit une carte) ou annoncer le mot auquel il pensait. Il peut tenter un mot inexistant, mais le groupe est assez réactif. Au pire des cas, le dictionnaire tranchera. Celui qui perd reprend le jeu avec une nouvelle lettre.

Recevoir une première carte correspond à devenir un quart de singe, une deuxième à un demi de singe, puis un trois quarts et enfin un singe complet. Le singe a un statut particulier. Tous les autres joueurs sont amenés à l’ignorer. Ils peuvent éventuellement le regarder mais en aucun cas lui adresser la parole ou répondre à ses questions. Le singe est libre de faire ce qu’il veut : parler, bouger, embrouiller les joueurs, poser des questions… Le premier à réagir au singe reçoit une des quatre cartes du singe. L’animal devient alors trois quarts de singe et peut reprendre le jeu.

Au fur et à mesure, les singes vont se multiplier et donner du fil à retordre aux derniers participants. Le but du jeu est d’arriver à être le dernier joueur parmi les primates.

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Jeu 20 : virelangue

Groupe de mots difficiles à articuler, assemblés dans un but ludique ou pour servir d’exercice d’élocution : Répétez ce virelangue : « Il reste treize fraises fraîches. ».

Jeux 18 : rétroacronymie

Il existe une quantité impressionnante de sigles. Parfois, un même sigle désigne des dizaines de dénominations différentes. C’est l’occasion de jouer avec les lettres. Trouvez un sigle, détaillez ses caractéristiques principales et inventez une nouvelle signification.

SNCF Sans nous les cafés ferment
ANPE Ah non, pas eux !
BCBG Beau cul belle gueule
FMI Femme de ménage incluse

Jeux 17: boustrophédon, transduction…

Je termine cette série de jeux tirée du livre de Sébastien Bailly: « Jouez avec les mots ».

Boustrophédon

On qualifie de « boustrophédon » le tracé d’un système d’écriture qui change alternativement de sens ligne après ligne, à la manière du bœuf marquant les sillons dans les champs, de droite à gauche puis de gauche à droite.

Nagrom ruojnob => bonjour Morgan

Cacographie

La « cacographie » est un désordre au niveau sonore, alors pourquoi pas un désordre de l’écriture. Il s’agit d’écrire chaque mot avec une faute d’orthographe. Chaque terme utilisé ne doit pas être repris dans le dictionnaire. Cela suppose de bien connaître les mots et, à défaut, d’aller vérifier au dictionnaire.

Feites unne fôte d’ortografe a chacque mo, s’aist fassile !

On peut également procéder de la même façon mais en remplaçant chaque mot par un autre de la même sonorité.

Y faux camp m’aime fer attends scions[¹]

Transduction

La « transduction » consiste à remplacer les mots signifiant d’un texte par d’autres mots, qui appartiennent tous au même domaine. Ainsi, on pourra réécrire La cigale et la fourmi en utilisant le vocabulaire médical.

Le malade et le médecin
Le malade ayant toussé tout l’été
Se trouva fort enrhumé
Quand la grippe fut venue…

Pi

Certainement que le nombre pi (π) vous rappelle des souvenirs d’école. Ce nombre, dont les décimales sont infinies, sert de base à une écriture sous contrainte. Prenez la valeur de pi (3,141 592…) et formez un texte, si possible cohérent, Chaque mot comporte le même nombre de lettres que celui du nombre en question. Autrement dit, le premier mot de votre chef-d’œuvre sera toujours de 3 lettres, le suivant d’une seule lettre, ensuite de quatre, etc. À vous de définir ensuite sa longueur.

Caviardage

Le « caviardage » est une pratique du temps des tsars de Russie. À des fins de censure, certains passages de texte étaient tout bonnement noircis à l’encre noire. Cette pratique a donné caviardage en rapport à la couleur et de l’origine.

Le jeu consiste à récupérer un texte connu et le caviarder selon ses envies. Les coupes peuvent être discrètes pour conserver l’idée originale de l’auteur ou plus sévères pour dénaturer volontairement le sens.

Mozin

« Mozin » est la contraction de deux termes : mots imposés. Le jeu consiste à imposer un certain nombre de mots incongrus dans un sujet particulier. Le concept est fort prisé dans les émissions radiophoniques. Par exemple, le participant doit annoncer une demande en mariage à sa belle et intégrer dans la conversation les mots « canasson, pittoresque, mensonge ». Le genre Cauet, et son caractère provocateur, impose l’insulte. On peut toujours les remplacer par des compliments, c’est tellement plus convivial.

Boule de neige

La boule de neige dévale la pente et grossit au fur et à mesure de son trajet. Dans la même idée, le jeu consiste à écrire une phrase avec un premier mot de x-lettre(s) et d’incrémenter d’une lettre le mot suivant.

À la fin nous avons usurpé souvent quatorze splendides réputations.

On peut augmenter la difficulté en faisant l’exercice inverse : en ordre décroissant. Une autre variante consiste à remplacer le nombre de lettre par des syllabes à l’image de Victor Hugo.

Écholalie

Poème dans lequel le dernier mot ou les dernières syllabes du vers sont répétés au début du vers suivant, comme un écho. Ci-dessous, un poème de Joachim du Bellay.

« Qui est l’auteur de ces mots avenus ?
Vénus !
Qu’étais-je avant d’entrer dans ce passage !
Sage !
Qu’est-ce qu’aimer et se plaindre souvent ?
Vent ! »

Épigramme

L’épigramme (féminin dans ce cas-ci) est un court poème satirique qui se termine par un trait d’esprit. L’art est difficile et à double tranchant. Dans l’exemple suivant, Voltaire se moque du journaliste Jean Fréron dont l’audace l’avait amené à critiquer le philosophe.

L’autre jour au fond d’un vallon
Un serpent piqua Jean Fréron,
Que pensez-vous qu’il arriva ?
Ce fut le serpent qui creva.

[¹] Titre d’un article d’Isabelle Brulland et Christine Moulin

Jeu 16: aptonymie

Nous ne choisissons pas nos noms et prénoms. Certains passent totalement inaperçus alors que d’autres sont plutôt cocasses. Un aptonyme est un néologisme québécois et désigne un patronyme dont le sens est lié à la personne qui le porte. Le rapport concerne généralement le métier ou une caractéristique physique.

Caroline Aigle (première femme pilote de chasse)
Charlotte Bonnet (nageuse)
Marc Dufumier (agronome)
Gérard Manfroy (chauffagiste)
Édith Cresson (ministre de l’agriculture)

Le jeu consiste à établir une liste de professions et de lui joindre un nom qui lui correspond. Le jeu est surtout amusant dans l’autre sens: trouver des noms propres et leur attribuer une profession. La période électorale est propice à ce genre d’exercice.

M. Pinte, M. Bière brasseurs
Alain Courtois diplomate
Luc Anus proctologue
Aurélie Imene gynécologue

Pierre Pinte
Affiche aux élections communales 2012

Heureusement pour certains, notre nom n’est pas une vocation toute faite. Il existe des contraptonymes.

Marc Boulanger boucher
Thierry Pain cordonnier
David Douillet judoka
Eva Joly (?) femme politique

Jeu 15: pangramme

Un « pangramme » est une phrase qui utilise toutes les lettres de l’alphabet en un minimum de signes. Le plus connu en français est sans doute cet alexandrin de 37 lettres. Il y a moyen de faire plus court mais au détriment de la compréhension de la phrase.

Portez ce vieux whisky au juge blond qui fume.

On se sert des pangrammes pour juger des polices de caractères dans une langue. La plupart sont incomplets en l’absence des lettres accentuées (é, ï, â), ligatures (æ, œ) ou encore du c cédille (ç, Ç). Au mieux, on trouve en exemple, ce pangramme dans les fichiers de police de caractère.

Voix ambiguë d’un cœur qui au zéphyr préfère les jattes de kiwis.

Jeu 14: palindrome

Le « palindrome » (sans accent circonflexe) est un mot que l’on peut lire dans les deux sens: été, kayak, ressasser, rêver, sagas, ici, elle, sexes…

Les mots a double sens de lecture sont assez rares. Il en existe un dizaine dans la langue française. Difficile d’être original. Par contre, il est amusant de former des phrases à lire en sens inverse. Les lettres ne doivent pas forcément appartenir au même mot. En général, on ne tient pas compte des espaces ni des signes diacritiques.

Ésope reste ici et se repose.
Tu l’as trop écrasé, César, ce Port-Salut (alexandrin de Victor Hugo)

Jeu 13: lipogramme

Le « lipogramme » est un texte d’où sont exclues une ou plusieurs lettres de l’alphabet. En 1853, Jacques Arago choisit d’écrire un roman dénué de la lettre a. Le plus connu des lipogrammes est sans nul doute le livre de Georges Perec en 1969, intitulé La Disparition. Sur plus de 300 pages, il réussit l’exploit de se priver de la lettre la plus utilisée en français; le e (à l’exception des mots de liaison). La traduction anglaise « A Void » respecte la même contrainte.

La difficulté augmente en fonction de la popularité de la lettre. Pour s’exerce, on peut prendre un texte de base et l’adapter à sa sauce pour respecter la contrainte du lipogramme. Une autre variante consiste à exclure toutes les lettres ascendantes (b, d, f, l) et/ou descendantes (g, j, p, q), ou encore toutes les lettres de la ligne du milieu du clavier (q, s, d, f, g, h, j, k, l, m).

Jeu 12: tautogramme, allitération, assonance

On connaît tous « Tatie, ton thé t’a-t-il ôté ta thoux ? ». Pour être parfaitement fidèle au « tautogramme » il aurait fallu que tous les mots commencent par la même lettre (tauto du grec même et gramme lettre). Il existe de nombreux vers ou expressions avec la répétition d’une consonne de manière plus ou moins régulière. C’est l’allitération. L’assonance par contre, répète des voyelles en début de mot.

Pas évident de former de telles phrases et de garder un sens. Certaines lettres sont plus faciles (c, l, p) que d’autres (y, q, z). Pour faciliter l’exerce, on peut s’autoriser une même lettre uniquement pour les noms communs, les adjectifs, les mots de liaison…

Le luthier lustre lentement la lame.
Veni, vidi, vici.
Au zénith un zeste de zéphyr faisait zézayer le zodiaque.

Jeu 11: contrepèterie

La contrepèterie (avec un e à l’avant dernière syllabe) est la permutation de sons, lettres ou syllabes dans un énoncé anodin de manière à obtenir un autre énoncé de sens cocasse et souvent obscène.

  • Le scorpion est malade. Le morpion escalade.
  • Ce prêtre est-il fou ? Ce foutre est-il prêt ?
  • J’aime vachement votre frangin. J’aime franchement votre vagin.
  • La Chine se lève à la vue des nippons. La pine se lève à la vue des nichons.
  • Salut Patrick. Ça pue la trique.

Il est d’usage de ne jamais donner la solution d’une contrepèterie. Comprendra qui pourra. Pour un premier début, énoncez à voix haute la contrepèterie. Ça vous évitera de vous laisser influencer par l’orthographe du mot. Entraînez-vous en ligne avec Contrepeteries. Tentez de trouver la solution au texte du professeur Cerquiglini (ci-dessous). Si vous n’y arrivez pas, découpez toutes les lettres de chaque mot et permutez-les. Ensuite, il ne vous restera plus qu’à comprendre les contrepèteries du Canard enchaîné.

« Ancien élève du lycée Ampère, passionné de mots grecs et de verbes occitans hérétiques, le professeur vante la constitution, les descriptions verdoyantes d’Homère, où les filles de Troyes offrent leurs deux joues. Que les chastes oreilles ne s’alarment pas ! C’était pure pédagogie. Le tout n’était-il pas trop confus ? »