Antanaclase, c’est la classe !

Remarquez cette particularité des figures de style à choisir des mots tarabiscotés. Le moins qu’on puisse dire c’est qu’il impressionne et fait toujours son petit effet en soirée. « Quoi, tu connais pas l’antanaclase ? », genre si tu connais pas ce mot à quarante ans, t’as raté ta vie. Bref, j’en viens à sa signification.

Comme bien souvent, le concept est plus simple à comprendre que le mot à retenir. Il s’agit d’utiliser deux fois le même mot dans une phrase mais avec un sens différent.

Le cœur a ses raisons (motifs) que la raison (bon sens) ne connaît point.

Je répète: pléonasme !

Contrairement aux autres figures de style, je n’ai pas eu beaucoup de mal à comprendre celle-là. Sans doute parce qu’il devient amusant de les débusquer. On s’y prend vite au jeu. Alors, voyons voir la définition du Robert.

Pléonasme {n. m.} — Terme ou expression qui ne fait qu’ajouter une répétition à ce qui vient d’être énoncé

Pour débusquer ces maladresses il convient de bien maîtriser (oups!) sa langue et son vocabulaire. Ci-dessous, j’ai repris une liste des pléonasmes notoires. Certains sont plus contestables que d’autres et il y en a toujours un pour remettre le remettre en question. C’est ça aussi la magie du pléonasme: il permet des discussions sans fin sur les mots.

  • erreur involontaire
  • projet d’avenir
  • campus universitaire
  • don gratuit
  • bip sonore
  • égalité parfaite
  • bref résumé
  • surprendre à l’improviste
  • au jour d’aujourd’hui
  • apanage exclusif
  • panacée universelle
  • orthographe correcte
  • logorrhée verbale
  • trop abusé
  • prévoir à l’avance
  • monter en haut
  • tuyau creux
  • s’avérer vrai
  • s’entraider mutuellement
  • comme par exemple
  • car, en effet
  • applaudir des deux mains
  • s’asseoir sur son séant
  • belle calligraphie
 

La périphrase en deux mots

J’aime bien cette figure de style car elle demande une certaine créativité et fait souvent appel aux images. Elles deviennent des clichés quand elles sont utilisées à tort et à travers par la presse. Que nous dit le Robert ?

Périphrase {n. f.} — Figure qui consiste à exprimer une notion, qu’un seul mot pourrait désigner, par un groupe de plusieurs mots. Circonlocution. Ling. Groupe de mots synonyme d’un seul mot (ex. femelle du cheval pour jument). La définition est une périphrase.

La périphrase est adaptée à un public particulier et familier du vocabulaire. Elle n’est pas toujours transposable littéralement dans une autre langue. D’ailleurs, il est souvent amusant de trouver les correspondances de nos expressions et d’en découvrir des nouvelles. Ce sont aussi des solutions pratiques (et faciles ?) afin d’éviter les répétitions dans un texte.

Ville, région, pays.

  • La Cité interdite Pékin
  • La Ville éternelle Rome
  • Perfide Albion Angleterre
  • La Ville lumière Paris
  • L’empire du Milieu /Le Céleste Empire la Chine

Hommes et femmes célèbres.

  • La pucelle d’Orléans Jeanne d’Arc
  • Le grand timonier Mao‑Tsé‑Toung
  • Le père du cinéma Louis Lumière
  • Le Petit Caporal Napoléon Bonaparte
  • Le Roi-Soleil Louis XIV

La religion.

  • le roi des Juifs Jésus
  • La Grande Faucheuse la mort
  • Le Démon / Le Malin / Le prince des démons, ténèbres le Diable
  • Le peuple élu les Juifs
  • Les Saintes Écritures / Le texte sacré la Bible

Société.

  • Le sexe fort – l’homme
  • La grande muette – l’armée
  • La première dame – la femme du chef de l’État
  • Le quatrième pouvoir* – la presse, les médias
  • Le septième art** – le cinéma
  • La vieille dame du quai Conti – l’Académie française

* face aux 3 pouvoirs de l’État (judiciaire, législatif, exécutif)
** 1er: architecture / 2e: sculpture / 3e: peinture / 4e: danse / 5e: musique / 6e: poésie / 8e: télévision / 9e: bande dessinée

Pour une liste plus fouillée, cf. Wikipédia: pays, villes, langues, marques utilisées comme noms.

Les contraires avec l’oxymore

L’oxymore (ou oxymoron) est un autre mot compliqué pour énoncer une figure de style assez simple. Il regroupe deux antonymes, généralement un nom + un adjectif, dans un même groupe grammatical.

Exemples: un silence éloquent, un gentil méchant, une obscure clarté, un mort-vivant, aigre-doux…

Apocope, syncope et aphérèse

Oh les mots barbares ! De nouveau, le concept est simple à comprendre et n’a rien de très sorcier.

L’apocope est la suppression d’un ou plusieurs phonèmes (sons) à la fin d’un mot.

auto automobile
prof professeur
météo météorologie

Beaucoup sont entrés dans le langage parlé: louer un appart(ement), ajouter une actu(alité), améliorer sa com(munication), diffuser une exclu(sivité). D’autres sont plus rares: tram(way), cinéma(tographe), vélo(cipède), métro(politain), tarmac(adam).


⏩ capture de l’émission On n’demande qu’à en rire

On remarque aussi une adaptation des fins de lettres pour une meilleure sonorité.

annif anniversaire
apéro apéritif
prolo prolétaire
dico dictionnaire
facho fasciste
resto restaurant

Je remarque une retranscription toute personnelle des propos de N. Sarkozy. Pourquoi ce « pauv’ con » alors qu’on le prononce [pauf] ? Sans parler de la présence de l’apostrophe.

L’aphérèse est du même ordre mais la troncation se fait en début de mot.

car autocar
Bastien Sébastien
Jean Reno Jean Moreno

Enfin, la syncope est la suppression d’un son dans le mot.

mon p’tit gars
m’sieur

La métonymie et son image

Voilà encore un mot compliqué. Je ne l’aime pas celui-là. Je ne le retiens jamais. Parfois je l’écris comme le début de mythomane, parfois je ne sais plus où se place le y et s’il faut intercaler un h. Et quand je vais voir sa définition, j’y comprends vraiment rien.

Métonymie {n. f.} — Phénomène par lequel un concept est désigné par un terme désignant un autre concept qui lui est relié par une relation nécessaire.

Le meilleur moyen de comprendre est de prendre un exemple.

Boire un verre

La formulation est tellement connue qu’elle est comprise immédiatement. En y réfléchissant un peu, est-il possible de boire un verre ? En réalité, on boit le contenu du verre; à savoir un liquide quelconque.

Plus compliqué, la synecdoque. Métonymie qui parle d’une partie pour désigner un tout ou inversement.

Avoir un toit pour dormir / Le repas de mariage coûtera 100 € par tête.

« Avoir un toit » signifie, avoir un abri pour se loger; un appartement, une maison. Je remarque que c’est souvent très elliptique: on supprime des mots pour n’en garder qu’un seul.

L’antonomase est encore une métonymie. Elle consiste à remplacer un nom propre par un nom commun ou inversement.

une poubelle l’inventeur s’appelle M. Poubelle

On est champion des antonomases: bic, gilette, flexipan, sopalin, baxter, tupperware, béchamel, bottin, frangipane, kalachnikov, montgolfière, etc.

Oh ! la bourde. Non, un calembour

J’ai déjà entendu ce mot des centaines de fois. Je me suis toujours résigné à consulter sa définition, persuadé de ne rien comprendre. Dans mon esprit, ce terme appartient au domaine de la littérature et fait partie des figures de styles apprises en secondaires mais dont je n’ai rien retenu tellement je trouvais ça barbant.

Et pourtant… C’est finalement assez simple et nous l’utilisons — ou nous y sommes confrontés — pratiquement tous les jours. Le calembour (finale en -our et pas -ourg) est un jeu de mots fondé sur la différence de sens entre des mots qui se prononcent de la même manière.

Je suis un homme des tavernes.

Petite précision, la prononciation n’est pas toujours identique comme dans cet exemple où le son [é] devient [eu].

Un verre ça va, deux verres, bonjour les deux gars.

La presse traditionnelle ou people ne se prive pas de ces jeux de mots plus ou moins réussis. On en trouve également dans les poèmes, la littérature, chez les humoristes, sur les affiches de cinéma et bien évidemment dans le monde impitoyable de la publicité.

Gratter une vierge, ça porte bonheur
⏩ affiche de la loterie nationale (belge)

N’allez pas croire pour autant que les plus médiocres sont les moins réussis… bien au contraire. « Il ne faut pas cracher sur les jeux de mots. Les plus mauvais vont aux meilleurs amis » disait Daniel Pennac. Bon nombre d’écrivains s’y sont essayés avec plus ou moins d’habilité. Pour Victor Hugo, le calembour est la fiente de l’esprit qui vole. Le calembour est aussi très prisé par les humoristes (Raymond Devos, Pierre Dac). La presse use et en abuse, en particulier la presse people ou satirique.

Une bonne paire de plaques (Le Canard enchaîné, septembre 212)
La réclame, c’est mâle (Libération)

Le calembour est à la portée de tous. Il suffit d’un peu de créativité, d’humour et parfois de dérision. Pour y arriver, remplacez un mot par un homophone (le taon c’est de l’argent), décomposez un mot (l’eau à Zis) ou jouez sur le sens propre et figuré (mettre son grain de sel). Ces trois techniques peuvent être associées, mélangées et utilisées avec plus ou moins d’à-peu-près.

Je complète cette figure de style avec la vidéo d’Au pied de la lettre.

L’hyperbole et son côté marseillais

Le manque de culture provoque parfois des situations embarrassantes. L’orateur se tortille pour lancer un jeu de mots et provoque l’hilarité du public. Avant de rire, faut-il encore avoir compris. Dans une vidéo sur la dictée de Nivelles, M. Dewaele dit: « S’il faut que je vienne à pied pour vous apporter le texte, je viendrai à pied… ». Tout le monde comprend le côté humoristique, d’autant plus que l’auteur est Français. Il s’agit d’une hyperbole.

Pour ne pas me retrouver béat face à une figure de style incompréhensible, j’ai pris la sage décision de noter les mots que je ne maîtrise pas.

Hyperbole {n. f.} Procédé qui consiste à exagérer l’expression pour produire une forte impression. Exemple: un géant pour un homme de haute taille. Larousse

L’émission Au pied de la lettre donne de nombreux exemples dans différents domaines.

Cela me rappelle cette tendance actuelle de certains à faire du profit sur le web avec finalement pas grand chose à vendre. Ils sont toujours dans l’extase, la surenchère, l’hyperbole.

L’anaphore de François Hollande

Difficile de passer à côté de l’évènement tellement les élections présidentielles françaises résonnent dans tous les médias confondus. Une belle occasion de découvrir un nouveau mot: l’anaphore.

Quelques jours après le premier tour, les deux prétendants se sont affrontés le 2 mai 2012 sur TF1. À la question: « Quel président comptez-vous être ?», M. Hollande répond en utilisant la troisième personne du singulier. Très vite, il enchaîne avec cette formule très personnelle: « Moi Président de la République, je… » répétée seize fois à l’enfilade  !

Selon Wikipédia, l’anaphore une figure de style qui consiste à commencer des vers, phrases ou ensembles de phrases ou de vers, par le même mot ou le même syntagme.