Un bon après-midi

À l’origine, « après-midi » est masculin. Logique puisque le mot midi est du même genre. Mais alors pourquoi est-il en train de changer de sexe ?

Le mot composé commence par une voyelle. Dans l’expression « Bon après-midi ! », l’adjectif bon et la liaison avec le mot suivant se prononcent [bona]. Du coup, on a vite fait d’assimiler l’après-midi à un nom féminin. L’usage aidant, les dictionnaires ont suivi le rythme et il est admis d’utiliser l’un ou l’autre genre.

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Les mots « bisexués »

En français, les mots appartiennent tous à un genre bien défini: masculin ou féminin*. Cependant, certains noms (la plupart masculins) sont neutralisés grammaticalement. Autrement dit, malgré leur appartenance à un genre, ils englobent l’ensemble de l’acceptation sans aucune distinction de sexe. Quand on parle de l’homme {n. m.} – au sens de l’espèce humaine – il désigne aussi bien les individus masculins que féminins. Une personne {n. f.} représente aussi bien un homme qu’une femme.

On les appelle les mots machos, les bisexués ou encore les épicènes ce qui en grec signifie commun. Voici une liste non exhaustive des épicènes du genre masculin.

Mots épicènes masculins
acquéreur adulte agresseur amateur
apôtre archéologue artilleur assassin
auteur bandit apôtre archéologue
bourreau brigand ambassadeur censeur
charlatan charpentier cocher apôtre
compatriote défenseur déserteur député
diplomate docteur enfant escroc
garde des Sceaux géomètre gourmet imposteur
imprimeur individu ingénieur juge
juré maçon maire mécène
médecin menuisier ministre monarque
oppresseur otage pédiatre philosophe
pianiste pilote plombier prédécesseur
professeur reporter sauveur sénateur
successeur témoin torero tyran

Certaines professions dédiées exclusivement par des hommes se sont féminisées pour désigner l’épouse. Ainsi, la colonelle désigne la femme du militaire, la mairesse la conjointe du maire, l’ambassadrice la dame de l’ambassadeur. Ce qui ajoute encore un peu plus de confusion dans le débat.

N’en déplaise à l’Académie, une envie de plus en plus forte se fait sentir pour féminiser ces noms de métiers. Ainsi, apparaissent une auteure, une écrivaine, une professeure, une ministre.

À l’inverse des épicènes masculins, il existe des épicènes du genre féminin. Sans grande surprise, ils ne se bousculent pas au portillon.

Mots épicènes féminins
bête personne brute canaille
crapule vainqueur fripouille sentinelle
dupe vedette victime souris

D’autres mots (souvent anciens) restent féminins au niveau grammatical mais aussi dans la pratique. Une nonne est une religieuse. Une matrone désigne une femme d’âge mûr et expérimentée. La sage-femme était jadis réservée aux dames. Aujourd’hui, ce rôle est exercé par les deux sexes et l’appellation est restée la même. On trouve parfois le terme « maïeuticien » mais le mot est très peu usité dans la profession.

Le débat de la féminisation des métiers et des titres revient sans cesse sur la table. La neutralité facilite le discours. Peu importe que votre boulanger, libraire, opticien soit une femme ou un homme. Par contre, le genre peut prêter à sourire dans certaines tournures: « le général est enceinte, le ministre est trop maquillée ».

Bien que les noms propres ne possèdent aucun genre, certains prénoms sont mixtes, androgynes. Claude, Dominique, Camille peuvent se référer aussi bien à des hommes qu’à des femmes.

* Malgré tout, je note certains mots dont le genre est laissé au choix du locuteur: goulache, après-midi, thermos, HLM.

Madame le ministre

Pas facile de s’y retrouver dans la féminisation des professions. Doit-on dire « le » ou « la » ministre ? Le monde évolué et on observe une adhésion ascendante de la femme à des postes jadis réservés aux hommes. C’est une très bonne. Faut-il dès lors adapter le genre ou le laisser au masculin ?

En français, « ministre » est un nom masculin. En latin, le ministerium est un mot neutre et désigne la fonction de serviteur. À ce sujet, l’Académie française insiste: « L’emploi du féminin dans La ministre, et dans Madame la Ministre, qui est apparu en 1997, constitue une faute d’accord résultant de la confusion de la personne et de la fonction ».

Le genre des mots a été donné de manière arbitraire. Le genre n’est pas à confondre au sexe. Quand je parle d’une table, elle est du genre féminin mais tout le monde sait que l’objet est asexué. Tout comme un accordéon, une église, un tableau… Les choses se compliquent quand on entre dans le vivant. Une mouche est un insecte volant à six pattes. Point barre. Après, peut-être que la mouche est de sexe masculin ou féminin. Seuls les connaisseurs pourront répondre à la question. Il se fait qu’on s’est mis à différencier les mots pour les adapter en fonction du sexe. On comprend bien qu’un lion ne ressemble pas à une lionne, un coq à une poule, un bouc à une chèvre, un dindon à une dinde, etc. À noter qu’on différencie en français l’ours de l’ourse, le tigre de la tigresse alors qu’ils sont semblables visuellement. Quoi qu’il en soit, dès lors qu’on souhaite parler de manière générique, on utilise le genre prévu à cet effet. On dira par exemple se battre comme un lion ou monter sur ses grands chevaux sans que ça heurte quiconque.

Ce même principe d’asexualité, a rapprocher au genre neutre du latin, ne peut-il pas s’adapter aux professions et aux titres ? La salle des professeurs n’exclut nullement d’y trouver également des femmes. Aller chez le médecin ne présuppose pas qu’il s’agisse d’un homme. Même chose pour le boulanger, l’assureur, le professeur… La question est de savoir pourquoi nous avons avons commencé à faire cette distinction. Et si on le fait pour l’un, pourquoi ne pourrait-on pas le faire pour les autres ?

Revenons à nos moutons et le féminin de ministre. Pas évident. Selon la circulaire, le mot ne change pas de forme puisqu’il se termine par un e muet. Seul l’article prend d’autres apparences. On dira donc la ministre, le secrétaire et la comptable. En Belgique, ces formes semblent relativement bien assimilées et les médias n’hésitent pas à les utiliser. En France, c’est plus mitigé et le débat semble toujours animer les féministes, académiciens, auteurs et autres politiques.

Madame la ministre
⏩ capture liberation.fr

Sur le site du CIEP, on trouve un document d’une trentaine de pages sur l’épineuse question du genre: « Madame la Ministre ».

Cette féminisation des titres s’est généralisée au bas de l’échelle sociale (institutrice, directrice d’école), mais semble éprouver des réticences dans les postes à fortes responsabilités pour lesquels les femmes sont très faiblement représentées (ambassadeur, directeur de cabinet). En 1986, Laurent Fabius publiait une circulaire en faveur de la féminisation des noms de métier. Le sénat français comptait moins de 6 % de femmes et le gouvernement à peine 6 femmes pour 45 représentants masculins. Aujourd’hui, ces débats de genre suscitent quelques perturbations.

Les échanges sont parfois tendus entre les élus de droite soucieux de respecter la grammaire (et l’avis de l’Académie française) et les élues de gauche en faveur de la circulaire de 1986. En septembre 2012, Cécile Duflot, ministre et députée française, reprenait un collègue UMP pour l’avoir appelé « Madame le ministre ».

Ce que je sais, c’est que je suis une femme, je vous prierai donc de m’appeler ‘Madame la ministre’, sinon je me verrai dans l’obligation de vous appeler Monsieur le député avec un A, ça fait ‘la députée’, et ce serait aussi désagréable à votre égard qu’au mien. Cécile Duflot

Plus récemment, en mars 2013, Gilbert Collard débute son intervention en parlant de « Madame le Président » pour désigner la présidente de la séance Sandrine Mazetier. M. Collard, député français, tient à sa grammaire et insiste pour désigner « Madame le Président ». Au-delà de son arrogance, que nous disent les dictionnaires ? Pour Larousse, la personne qui préside est « un président, une présidente ». Même chose pour le Robert qui note en plus un usage vieilli pour désigner la femme du président. Pour le TFLi, « président » est un nom masculin pour le cas qui nous occupe. Même son de cloche pour le Girodet qui accepte néanmoins la forme féminisée dans le premier sens du mot. Enfin, l’Académie [¹] campe sur ses positions et insiste pour ne pas confondre genre et fonction.

[¹] Les mauvaises langues diront que l’Académie est composée d’une écrasante majorités d’hommes. Certes, mais les femmes ont bien leur place… et pas des moindres. On trouve d’ailleurs une dame au poste de Secrétaire perpétuel.

Une ardente défenseur

Dans une vidéo en ligne, Marine Le Pen déclare être « une ardente défenseur d’internet ». Pas évident de laisser ce mot au masculin. Elle n’est pas la seule à vouloir féminiser le nom. Le journaliste retranscrit la citation comme suit: « une ardente défenseure ». En fin d’allocution, la présidente du Front national poursuit en disant: « J’en serai donc le plus grand défenseur ». Voilà qui est mieux.


⏩ capture de Marine Le Pen dans une vidéo

En matière de féminisation, on est jamais trop prudent. Mieux vaut consulter avant d’écrire une bêtise. Pour le CNRTL, il s’agit bien d’un substantif masculin. Aucune féminisation n’est proposée. Le dictionnaire Bordas précise: « Il n’y a pas de forme spéciale pour le féminin ».

À titre informatif, « défendeur » est un mot assez proche mais il concerne le monde juridique, à savoir la personne contre qui une action juridique est intentée. Le féminin est « défenderesse ».

Ne dites plus « mademoiselle »

L’information est parue il y a peu en France, la mention « mademoiselle » sera bannie des formulaires administratifs. Les noms de jeune fille et d’épouse seront également remplacés par le nom de famille. Considérée comme intrusive par les féministes, cette information n’a plus raison d’être tout comme c’est le cas pour « monsieur ».

C’est une bonne chose en soi en terme d’égalité. Cela dit, il est courant dans un formulaire de trouver un champ sur l’état civil. Il est souvent dans l’intérêt du demandeur de fournir les informations sans pour autant que ça soit pris comme une violation de la vie privée.

J’ai posé la question à quelques dames d’un certain âge. Elles regrettent, non sans humour, de ne plus pouvoir être appelées « Mademoiselle » en souvenir de leur jeune temps. La preuve qu’elles ne considèrent pas l’appellation comme un manque de respect, bien au contraire.


⏩ capture madameoumadame.fr

Je regrette que ces groupes se sentent obligés de recourir à la provocation pour faire entendre leurs messages. Sur l’illustration tirée du site madameoumadame.fr, on peut lire: « Cela ne vous regarde absolument pas mais nous exigeons (…) de savoir si vous êtes vierge ». Même si notre société garde encore des traces de l’emprise judéo-chrétienne, les femmes se sont émancipées. Chacun vit sa vie comme il l’entend et il serait idiot de penser qu’un statut est le reflet de notre sexualité. Autrement dit, une mademoiselle n’est pas forcément pucelle.

Dans le quiz, la première question concerne la langue française et l’origine du mot « mademoiselle ». La bonne réponse est: jeune fille niaise, vierge. Aucune précision sur la source. J’ai consulté différents ouvrages et nulle part il est question de vierge. Tout au plus, le CNRTL rappelle un vieux mot populaire désignant la prostituée mais il ne s’agit pas là de l’origine du mot.

Mademoiselle {n. f.} — Anciennement. 1. Titre de la fille aînée des frères ou oncles du roi. 2. Appellation des femmes nobles non titrées, mariées ou non. Petit Robert 2012

Trouver le féminin

La liste reprend ici quelques mots à mettre au féminin.

  1. grec grecque
  2. bailleur bailleresse
  3. agneau agnelle
  4. bélier brebis
  5. canard cane
  1. chevreuil chevrette
  2. bouc chèvre
  3. cerf biche
  4. daim daine (ou dine)
  5. dindon dinde
  1. favori favorite
  2. coq poule
  3. étalon jument
  4. gendre bru
  5. jars oie
  1. lièvre hase
  2. héros héroïne
  3. lévrier levrette
  4. matou chatte
  5. sanglier laie
  1. taureau vache
  2. verrat truie
  3. loup louve
  4. merle merlette
  5. mulet mule
  1. neuveu nièce
  2. serviteur servante
  3. tsar tsarine
  4. aigle aigle
  5. négrillon négrillonne
  1. ours ourse
  2. prêtre prêtresse
  3. singe guenon
  4. tigre tigresse

Changement de sexe et de sens

Certains mots n’ont pas le même sens en fonction de leur genre.

  • une aune (mesure de longueur) ≠ un aulne (arbre)
  • une barbue (poisson plat) ≠ un barbu (oiseau piciforme)
  • une barde (tranche de lard) ≠ un barde (poète)
  • une carpe (poisson) ≠ un carpe (os du bras)
  • une cartouche (de fusil) ≠ un cartouche (égyptien)
  • une critique (de film) ≠ un critique (gastronomique)
  • la France (pays) ≠ le France (bateau)
  • une garde (d’épée) ≠ un garde (agent de sécurité)
  • une greffe (de reins) ≠ un greffe (du tribunal)
  • une hymne (religieuse) ≠ un hymne (national)
  • une livre (ancienne monnaie) ≠ un livre (de lecture)
  • une manche (d’une compétition) ≠ un manche (de balai)
  • une manœuvre (mouvement) ≠ un manœuvre (ouvrier)
  • une mémoire (capacité) ≠ un mémoire (de fin d’année)
  • une moule (mollusque) ≠ un moule (à gaufre)
  • une mousse (écume) ≠ un mousse (apprenti marin)
  • une œuvre (d’art) ≠ un (gros) œuvre
  • une orange (fruit) ≠ l’orange (couleur)
  • une page (du livre) ≠ un page (jeune homme au service d’un seigneur féodal)
  • une pendule (horloge) ≠ un pendule (radiesthésie)
  • la pique (du picador) ≠ le pique (carte)
  • une plastique (silhouette agréable) ≠ un plastique (matériau chimique)
  • la pourpre (teinture violette) ≠ le pourpre (couleur violette)
  • une solde (rabais) ≠ un solde (de compte)
  • une tour (de garde) ≠ un tour (du monde)
  • une trompette (instrument) ≠ un trompette (trompettiste)
  • une vase (sédiment) ≠ un vase (à fleurs)
  • une voile (de bateau) ≠ un voile (pièce d’étoffe)