Avoir une mémoire d’éléphant

L’éléphant à la faculté de mémoriser les pistes qu’il emprunte chaque année. Il se souvient du moment où les fruits arrivent à maturité et parcourt des centaines de kilomètres pour arriver au bon moment. Le pachyderme se souvient également des liens d’autorité et d’affection établis depuis tout petit. Cette expression n’est donc pas un rapprochement entre la taille de l’animal et une bonne mémoire. Si tel était le cas, on aurait sans doute trouvé des animaux plus imposants. Avoir une mémoire d’éléphant c’est posséder un excellent organe de mémorisation au point de ne jamais oublier les torts commis à son égard.

À l’inverse, il existe une expression pour celui dont la mémoire est volatile, défaillante. Contrairement à ce que je croyais, on ne dit pas une mémoire de moineau mais une mémoire de lièvre. Contrairement au précédent, le lièvre n’est pas rancunier. À l’image du paon, il revient facilement sur les lieux mêmes où il a été chassé.

Georges Brassens chantait: « Dans ta petite mémoire de lièvre ».

« L’orthographe est la science des ânes »

Dans un commentaire laissé sur un blog, j’ai été surpris de lire cette expression: « L’orthographe est la science des ânes ». Ah bon ? La langue française n’est pourtant pas réputée pour sa facilité. Les pièges sont nombreux et il faut du temps avant de prétendre à une bonne orthographe. Elle demande de la logique et ce n’est pas simplement l’application de quelques règles. Autrement dit, ce n’est certainement pas à la portée du premier idiot. Justement, c’est peut-être là qu’il faut trouver l’explication. À force de s’attarder sur la forme, on finit par délaisser le contenu, c’est-à-dire le plus important.

En cherchant un peu, l’expression originale n’est pas tout à fait exacte. Il ne s’agit pas de l’orthographe mais de l’écriture: « L’écriture est la science des ânes ». Dans les années 50, l’épreuve d’écriture consistait pour l’élève à recopier un texte court écrit au tableau. Cet exercice exigeait de l’application dans le tracé des lettres, ce qu’on nomme aujourd’hui la calligraphie. Il faut dire qu’à l’époque les écoliers apprenaient à manier la plume et l’encrier. Les lettres se forment différemment en fonction du maintien de la plume (pleins et déliés). Malgré cette exigence technique, on estimait qu’il était facile d’obtenir une bonne note sans témoigner d’une grande intelligence.

Certains disent que l’expression a été reprise et adaptée par Napoléon pour se défendre contre les critiques faites à l’égard de sa mauvaise orthographe: « L’orthographe est la science des ânes ».

Annus horribilis

Alors que Nicolas Sarkozy annonce aux Français l’année 2012 comme celle de tous les risques, un sujet du journal télévisé de la RTBF titre: « 2012: annus horribilis ». J’ai d’abord cru à un canular (la chaîne a montré des précédents). Si j’avais suivi l’actualité, j’aurais entendu parlé de 2011 qualifiée par certains comme « annus mirabilis », à savoir une année miraculeuse ou année merveilleuse. Ah bon ? Miraculeuse peut-être en raison de l’absence de gouvernement et donc de la suspension des décisions drastiques au niveau socio-économique.

2012 annus horribilis
⏩ capture du JT sur la Une

En réalité, les deux expressions se tiennent. L’annus mirabilis est un poème écrit en 1665. Le poète anglais retrace les grands évènements de son pays avec une vision très optimiste. En 1992, la reine du Royaume-Uni reprend l’expression et l’adapte à sa sauce avec ce fameux annus horribilis (année horrible). Les journalistes s’en donnent à cœur joie, surtout depuis que Bart De Wever s’amuse avec les expressions latines.

Tomber de Charybde en Scylla

Expression française à prononcer [karibd] et [sila]. Éviter un danger pour tomber sur un autre, pire encore. J’ai trouvé une réponse fort détaillée sur l’ABC de la langue française.

Charybde et Scylla sont des personnages de la mythologie grecque : Charybde est une déesse punie pour sa gloutonnerie, et qui depuis vit sur un rocher du détroit de Messine ; Scylla est une jeune fille que la magicienne Circé, sa rivale en amour, a transformée en monstre, corps de femme, mais de son aine jaillissent des chiens furieux qui dévorent tout. Elle est installée en face de Charybde, dans le même détroit de Messine, et elle dévore les proies qui ont échappé à Charybde. Les Anciens traduisent ainsi les dangers de la navigation dans ce détroit : si l’on échappe aux tourbillons de Charybde, on risque de se fracasser contre Scylla. Ulysse, lui, est parvenu à passer, non pas sans dommage, mais vivant !

Il est venu le moment de se détendre avec Ulysse 31 !