On s’en fout pas !

Je reprends ici une note fort intéressante de Bruno Dewaele: « 11: sacré numéro ». Comme à chaque fois, il faut s’accrocher pour suivre surtout quand on a une petite culture. L’article traite du chiffre 11. Ce dernier se comporte comme s’il commençait par une consonne: point de liaison ou d’élision.

Le Bordas confirme cette particularité (valable également pour onzième), mais uniquement dans la langue surveillée. Je suppose qu’il s’agit de l’écrit.

Le onze octobre.
Le train de onze heures.

À l’oral, il est toléré de faire la liaison devant « onze heures ».

La messe d’onze heures.

La dame-d’onze-heures

Il existe deux exceptions à cette interdiction d’élision. Ce sont deux noms communs. Le premier se rapporte à une très belle plante (ne pas omettre les deux tirets et l’apostrophe) et l’autre au poison contenu dans le bouillon de la dernière heure.

La dame-d’onze-heures.
Le bouillon d’onze heures.

L’onze de France

M. Dewaele reprend « l’onze de France ». Après une recherche sur Google, je suis tombé sur une vidéo de l’INA et le « onze du France ». Le France étant ici un paquebot. En fait, en termes sportifs, « le onze » est une expression en lieu et place de l’équipe nationale de football français. On dira donc « le onze lyonnais, parisien… ». Il existe une expression similaire pour les rugbymans: « le quinze de France »

Franc du collier

On trouve dans l’article, « franc du collier ». D’où vient cette expression ?

Cette expression était initialement appliquée aux chevaux qui tirent des charges avec la même régularité en ligne droite et sans les à-coups qui pouvaient résulter des coups de fouet donnés par le meneur. http://www.francparler.com

Actuellement, être franc du collier fait référence à cette bête de trait qui tire énergiquement sur le collier et désigne une personne qui se montre décidée, directe, sans arrière-pensée.

Dans la pratique, je pense que la plupart ne font pas la liaison naturellement. Si jamais, le doute surgit, rappelez-vous de cet échange tiré du commentaire d’Aldine:

X: Dit-on 7 et 3 font « onze » ou 7 et 3 font « tonze » ?
Y: On dit 7 et 3 font « tonze ».
X: Erreur, mon cher, grave erreur ! On dit 7 et 3 font… dix.

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L’apostrophe et l’élision

En français, l’apostrophe sert d’élision. Elle remplace la voyelle finale quand le mot suivant commence par une voyelle ou un h muet. On dit l’école pour la école.

Mot Exemple
ce C’est moi.
je Demain, j’arrête.
me Jean m’aide.
te Ils t’ont vu.
se Elles s’écrivent.
le, la l’oncle, l’usine
de un ami d’enfance
ne Il n’y a rien.
que Je veux qu’il vienne.
jusque jusqu’à midi

Cette règle n’est pas absolue. C’est d’ailleurs une partie de la grammaire fort controversée. Par exemple, on trouve des exceptions comme: onze, onzième, le oui, ouistiti, un, yacht et yucca. Mais difficile d’être catégorique. Par exemple, l’élision de l’article la ou de la préposition de avec la ouate est jugée facultative par le CNRTL et une pratique courante pour le Bordas.

De l’ouate. — De la ouate.
Un paquet d’ouate. — Un paquet de ouate.
Le ouistiti.
Le onze de France.
Le oui plébiscité.
Des pièces de un euro.

Dans le cas d’une citation intégrée à une phrase, la liaison est facultative.

Presque, quelque

Selon l’Académie française, presque ne s’élide jamais à l’exception de presqu’île. L’usage est flottant dans la pratique.

La presque unanimité. Presque aussitôt. Presque aucune…

Quelque ne s’élide jamais sauf dans quelqu’un.

Quoique, puisque, lorsque

Quoique, puisque, lorsque ne s’élident que devant les pronoms et articles: un(e), il(s), elle(s), aucun, on et éventuellement en.

Quoique encore enfant lorsqu’il se présenta, il fut accepté.
Lorsqu’on aime, on ne compte pas. Lorsque à Bruxelles…

S’il le faut

Devant il(s), si s’élide. Tout simplement.

Le client peut, s’il le souhaite, prendre le déjeuner au lit.

Un film de…

Pendant longtemps, je me suis demandé si cette tournure « Un film de Alain » n’était pas fautive. D’après la règle, il n’y a aucune raison de faire une exception. Quoique… Jean-Pierre Lacroux indique que cette formulation est acceptée dans la mesure où elle est composée sur (au moins) deux lignes. « En revanche, cette pratique (hélas fréquente) est gravement fautive sur une seule ligne de titre et, bien évidemment, au sein d’une phrase. Sauf… si le prénom est abrégé: sous la direction de A. Rey ».

Affiche du film Bonobos
Affiche du film « Bonobos »

Inversement, c’est assez troublant d’écrire « Un film d’Yann Arthus-Bertrand ».