Bien utiliser son dictionnaire

Le CCDMD propose un parcours ludique pour apprendre à mieux connaître nos dictionnaires. J’ai été très étonné de trouver ce genre de ressources étonnamment bien faites. Cette note reprend les informations générales de cette page : « Connaissez-vous le dictionnaire ? ».

Choisir les mots d’un dictionnaire

Nous possédons tous au moins un dictionnaire dans notre foyer. Les plus connus sont les dictionnaires usuels de la langue française, mais il en existe une quantité d’autres. On pourrait remplir toute une bibliothèque tellement ils sont nombreux.

Le Larousse et le Robert sont deux dictionnaires usuels les plus connus. Qu’il soit récent ou plus ancien, la présence de ces lexiques nous rassure. Ils sont la référence en cas de doute sur un point de langue. Pour beaucoup, un mot absent du dictionnaire est un mot inexistant. Or, la réalité n’est pas aussi simpliste.

Concevoir un dictionnaire avec tous les mots existants n’est pas réaliste. Notre langue est vivante. Des mots naissent et disparaissent chaque jour. À quoi bon garder des mots inusités dans un ouvrage généraliste destiné au quidam ? Ne sont-ils pas suffisamment volumineux ? Les plus nostalgiques pourront toujours se référer aux dictionnaires historiques. Aussi, de nombreux secteurs d’activités très spécialisés (médecine, droit, comptabilité, gastronomie) ont besoin de nommer des réalités spécifiques. Laissons-leur les dictionnaires ad hoc. Et puis, la Francophonie est un large territoire aux nombreuses cultures. Le lexique régional pourra se retrouver dans un ouvrage spécifique (le Multi pour les québécismes). Sans parler des nombreux néologismes éphémères de la littérature. Les lexicographes ont la lourde responsabilité de choisir les mots. Ils doivent également suivre leur évolution (nouveau sens, sens vieilli).

Les définitions

Le Larousse est de type encyclopédique : définitions concises, illustrations, tableaux, développement encyclopédique, noms propres, etc. Le Robert est plus centré sur la langue : prononciation, étymologie, synonyme, antonyme, citation, etc. Pas simple de s’y retrouver au début. D’autant plus que chaque dictionnaire à sa façon de présenter les définitions. Il faut généralement se référer au début du dictionnaire pour comprendre la mise en forme et l’iconographie. Avec l’habitude, on se familiarise assez vite.

Capture d'écran

L’article est composé de l’entrée et de sa définition. L’entrée est classée par ordre alphabétique, en capitales et en gras. Suit la phonétique entre crochets (cf. le tableau de l’API en début d’ouvrage). L’étymologie est précédée de la date d’apparition du mot. Suivent les différents sens, trois dans cet exemple. Les marques d’usage (VX, MOD, RÉGION.) précisent le sens du mot ou le contexte dans lequel on l’utilise. On trouve parfois un exemple entre guillemets et en italique, suivi du nom de l’auteur. La flèche (➤) soumet des mots apparentés ou synonymes.

Dans un dictionnaire de langue générale, les apostrophes et les traits d’union sont ignorés dans le classement alphabétique (c’est-à-dire cestadire). À classement égal, le mot le plus court vient en premier (col avant collage). Les lettres accentuées sont classées au même rang que les lettres non accentuées (crêpe vaut crepe), mais la lettre non-accentués a priorité en cas d’égalité. Les signes de ponctuation sont ignorés (C.P. vient après côte). Il n’y a pas de distinction des capitales (S.-F. vient après seyant). Les ligatures sont considérées comme deux lettres distinctes (cœur vient après coder).

Capture d'écran

Le losange (♦) indique une nuance de sens. On trouve de nombreux exemples comprenant des citations d’auteurs célèbres. Les contraires se trouvent en fin d’article. Ils sont regroupés selon leur sens. Chaque regroupement de sens est séparé par un point-virgule ou par un point.

Les noms et les adjectifs sont toujours classés au masculin singulier. Ainsi, molles est classé à mou. Généralement, les variantes suivent l’entrée principale : favori, favorite, cuisinier, cuisinière ou encore familial, familiale, familiaux. Les participes passés et verbes conjugués sont rangés au verbe à l’infinitif : acquis acquérir. La particule des verbes pronominaux est ignorée : s’asseoir asseoir.

Capture d'écran

Comme on l’a vu, le mot peut avoir plusieurs sens. Ces derniers peut être repris dans d’autres classements précédés d’une numérotation romaine. Dans l’exemple, on trouve un groupe sur les sens anciens (VX) et un second sur les sens modernes (MOD.). Dans cet article, on trouve de nombreux exemples mis en italique et des citations. Ils permettent de mettre l’entrée en contexte. Ils permettent également de se familiariser avec les autres mots employés en combinaison (cooccurrences). Enfin, l’astérisque signale que c’est sous ce mot qu’on trouve le sens de l’expression.

Capture d'écran
⏩ capture du logiciel Antidote

Les cooccurrences sont les mots qui gravitent autour d’un même champ lexical. Dit comme ça, ce n’est pas très parlant. Par exemple, pour savoir si on dit « un cheveu dans la soupe » ou « un cheveu sur la soupe », je cherche le mot soupe. Je trouve alors la préposition adéquate dans les exemples de l’expression. Les correcteurs exploitent très bien cette notion avec une catégorie attribuée aux cooccurrences. Ainsi, pour le mot prêt j’obtiens 637 résultats d’utilisation.

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Nouvelle orthographe et les dicos

On le sait, la réforme de 1990 est une proposition de simplification de l’orthographe* et n’a rien d’obligatoire. Chacun est libre d’utiliser la graphie qui lui sied et même en alternance. Qu’on se le dise, il ne s’agit pas d’une tolérance, mais bien d’une forme correcte acceptée et validée par l’Académie française et publiée dans le Journal officiel.

Comment réagissent les dictionnaires usuels à leur égard ? Commençons par Larousse. Ce dictionnaire encyclopédique plutôt grand public parle de nouvelle orthographe. C’est dommage car elle pourrait sous-entendre que l’ancienne est dépassée et plus d’actualité. Aussi, après 23 ans peut-on toujours parler de nouveauté ? Que se passera-t-il le jour où une énième réforme viendra s’ajouter à la nouvelle ?

Larousse

Larousse intègre cette nouvelle orthographe depuis la version 2012. Elle se présente sous deux formes.

Elle est indiquée, pour chaque mot concerné, par un signe typographique (▲). Le Petit Larousse sanctionnant l’usage,si celui de la nouvelle orthographe est suffisamment attesté, celui-ci entre dans la zone entrée de l’article après la conjonction « ou ». S’il est avéré qu’elle est plus employée que l’orthographe classique, elle vient en tête de la zone entrée.Le Petit Larousse illustré 2013

Ainsi, on trouve « Cédex ▲ Cédex n.m. (acronyme) » ou « événement ou évènement n.m. ». Pour avoir vérifié une dizaine de mots, ils y sont tous. Dommage qu’on ne trouve pas le mot rectifié avec une redirection. Par exemple, je ne trouverai rien en cherchant à « ognon ». Et dire qu’on impose aux instituteurs d’enseigner cette orthographe. Plutôt déroutant pour un écolier de chercher un mot apparemment inexistant. Je suppose que ce choix est motivé par la contrainte du support papier qui oblige à faire des choix. À noter que la version en ligne, insensible à cette contrainte, ne tient pas du tout compte de ces rectifications.

Robert

Le Robert n’a pas fait le choix d’intégrer l’ensemble des rectifications. Comme bien souvent, c’est l’usage qui décide in fine si telle ou telle graphie apparaît dans le dictionnaire. Dans certains cas, on trouve les deux adossés : « évènement ou événement ». La forme traditionnelle étant préférée par l’usage, on la trouve placée en premier plan. Dans d’autres cas, c’est carrément le mot rectifié qui se trouve indexé. Ainsi, on trouve « cornflake » et plus sa forme traditionnelle en un mot. Et quand le mot n’est pas utilisé, il n’est tout simplement pas mentionné ni en entrée, ni dans l’ancienne graphie. Ainsi, aucune trace de l’« ognon ».

Je suis assez interloqué aux vues de ses pratiques. Dans mon petit calepin des difficultés orthographiques, j’ai pris la peine de toujours écrire les mots dans leur orthographe traditionnelle et de spécifier systématiquement la nouvelle orthographe dans un autre jeu de couleurs. Il me semble important de différencier les deux. Le Robert dit suivre l’usage, mais il est aussi considéré comme une référence, un modèle à suivre. Le serpent se mord la queue.

Ouvrages de référence

Comment savoir si un mot est correctement orthographié ou pas ? Il suffit de consulter le dictionnaire me direz-vous. Oui, mais lequel ? Un mot peut prendre une forme dans un volume et s’orthographier différemment dans un autre. D’ailleurs, les joueurs de Scrabble en savent quelque chose. Jadis, il n’était pas rare de pinailler sur un mot tiré d’un ouvrage ancien. Pour mettre un terme à ses querelles sans fin, il existe un ouvrage appelé O.D.S. (Officiel du Scrabble) et sert de référence dans le cadre des compétitions. Si le terme n’est pas repris dans ledit dictionnaire, il est tout simplement refusé.

En français, les choses ne sont pas aussi simples. Chaque maison d’édition représente une pensée, un modèle. Certains sont plus classiques et d’autres plus innovantes. À chacun de se référer à un ouvrage en particulier. Pour les concours, les organisateurs décident des manuels de référence. Dans le Cercle d’Or, les référentiels sont les dernières éditions du Petit Robert, le Petit Larousse et le Dictionnaire des difficultés de la langue française (Thomas). Il faut bien poser des règles pour faciliter la correction et éviter les discussions infinies. Une fois ce cadre délimité, toute autre graphie sera refusée. C’est le cas par exemple de « show-biz » (avec trait d’union) présent dans le Robert de poche 2013 alors que le mot est soudé dans le Petit Robert 2013.

Couverture du Petit Larousse 2013
⏩ couverture du Petit Larousse illustré 2013

À chacun de fixer un cadre et les ouvrages qu’il juge pertinents. Cependant, il existe un grand nombre de manuels sur le marché. Il y a bien sûr les usuels comme le Robert et le Larousse avec des collections différentes. Ils sont remis au goût du jour à chaque nouvelle entrée scolaire. Les versions en ligne et les applications pour smartphone suivent le même rythme. D’autres sont plus classiques comme le dictionnaire de l’Académie ou le Littré.

  1. Grand Robert, Petit Robert, Robert illustré et Dixel, Robert de poche…
  2. Petit Larousse, Larousse de poche, Larousse Maxipoche, Larousse Micro…
  3. Dictionnaire de l’Académie française
  4. Trésor de la Langue Française informatisée (TLFi)
  5. le Littré, le Nouveau Littré
  6. le Grand dictionnaire terminologique

Robert ou Larousse ?

Depuis ma tendre enfance, j’ai toujours fait confiance au Larousse. Sans doute parce qu’il proposait une version illustrée et tout en couleurs. Il est beau, agréable à consulter et robuste. Il ne m’a pas quitté depuis. Aujourd’hui, j’aimerais obtenir une version plus récente de mon dictionnaire.

Sur les étalages de la Fnac, les deux monstres s’affrontent. Le Larousse a gardé sa note colorée et la mise en page est superbe. Se plonger dans le dictionnaire est avant tout un plaisir pour les yeux. J’ouvre enfin le Petit Robert 2012 des noms communs. Waow ! Les feuilles sont légères et comparables à du papier bible. Pas de couleurs, pas d’images, pas de mise en page particulière. C’est brut de décoffrage. Il faut vraiment avoir envie d’y aller.

J’ai gardé un article du journal gratuit Métro dans lequel on pouvait trouver la philosophie de chacun d’eux.

Le Petit Larousse est un dictionnaire encyclopédique: en plus du sens, il donne une explication autour du mot et même parfois un dessin pour l’illustrer. Il ne donne pas de citation mais bien des exemples. Le Larousse est aussi plus grand public, plus populaire que le Robert, plus lui dans le créneau de l’érudition. Mady Vinciguerra, directrice éditoriale du Larousse

Il y a 4 ans, il se produisait quatre fois plus de Larousse que de Robert. Je ne connais pas les chiffres pour la dernière cuvée. Par contre, il y a une nette différence dans les prix. Le Petit Larousse illustré 2012 (150 000 définitions) est à 34 € ou 50 euros pour le grand format. Le Petit Robert 2012 (60 000 mots et 300 000 sens) culmine à 66 euros pour le volume des noms communs et le même prix pour celui des noms propres. Le grand format dépasse les 83 euros.

Le Petit Robert est un dictionnaire de langue qui va parler des mots. Il va vous donner l’orthographe, sa prononciation, son origine étymologique, sa première apparition en français, ses synonymes, ses contraires, et donner des citations d’écrivains qui l’ont employé avec brio. Marie-Hélène Drivaud, directrice éditoriale du Robert

À l’ère du web, tous deux se trouvent sur la toile. Larousse a opté pour une consultation gratuite et illimitée. Le Robert propose une version payante de son dictionnaire en ligne dans une interface fort agréable.


⏩ capture de l’interface du Petit Robert en ligne

Corriger son orthographe

Avant l’imprimerie, les moines copistes passaient beaucoup de temps à corriger les copies de copies de manuscrits. À ce moment, plus il y avait de copies et plus le risque d’erreur était grand. Dans les imprimeries d’aujourd’hui, des « épreuves » sont effectuées avant de lancer le tirage définitif. Les coquilles sont retirées sous l’œil vigilant du correcteur. Et si malgré tout, il subsiste des fautes, elles seront retirées dans la prochaine édition.

Sur un blog personnel, une erreur orthographique ce n’est pas très gênant. Au pire, on corrige a posteriori. Sur un site institutionnel ou commercial ça devient tout de suite plus embarrassant et la crédibilité en prend un coup. À moins d’avoir une plume irréprochable (et encore !), il existe des outils plus ou moins fiables pour réduire le risque d’erreur. Une fois le travail terminé, le mieux est de soumettre le contenu à une ou plusieurs personnes compétentes. C’est surtout vrai pour les documents officiels, un mémoire, des affiches à faire imprimer, etc.

Vos alliés privilégiés de première ligne sont: dictionnaire pour l’orthographe, Bescherelle pour la conjugaison et le bon vieux livre de grammaire. Le dictionnaire des difficultés de la langue française est un plus. Voilà pour la méthode traditionnelle. Elle est relativement efficace en fonction de la maîtrise de la langue et du réflexe à aller systématiquement voir au dictionnaire au moindre doute. Resteront les petites erreurs d’inattention et les mots dont on ne soupçonne pas la mauvaise orthographe.

Outils gratuits

— De nos jours, la plupart des logiciels sont équipés d’un correcteur orthographique et/ou grammatical. Efficace pour relever les erreurs d’inattention, il devient vite incompétent dès lors qu’il s’agit de comprendre le sens de la phrase et de trouver le bon mot et les bons accords. À vouloir trop lui faire confiance, on risque de rendre un rapport rempli de fautes. Le mieux est de garder son réflexe de bon écolier et de consulter ses outils au moindre doute. Il existe un conjugueur en ligne et un dictionnaire complet et gratuit.

Reverso dispense de nombreux conseils. Les règles sont faciles à comprendre et les exemples concrets. Le site est équipé d’un correcteur orthographique en page d’accueil. Comparativement à d’autres services du même genre, il est assez efficace. Malheureusement, l’interface ne convient pas pour un usage régulier et pour des textes relativement longs (plus de 2 000 signes).

— Autre ressource: Orthonet. On trouve également des ressources intéressantes mais sa force réside dans son service personnalisé. Vous avez une question précise ou un texte à corriger ? Les linguistes (des hommes et des femmes et non plus un robot) proposent de corriger un texte de taille raisonnable ou de répondre à vos interrogations sur les difficultés de la langue française. Le service est assuré par des hommes et des femmes dont c’est le métier. Il faut donc compter un laps de temps avant d’avoir le corrigé ou la réponse à ses questions.

— En dernier recours, la Communauté française de Belgique a mis en place une assistance linguistique. Un doute sur un terme, une hésitation sur l’orthographe d’un mot, sur l’accord d’un participe passé ? Obtenez gratuitement toute information relative à la terminologie en vous adressant au service de la langue française du Ministère de la Communauté française par courrier (boulevard Léopold II 44, 1080 Bruxelles), téléphone (02/413.23.37) ou par courriel.

Outils payants

Antidote dispose d’un correcteur, un dictionnaire, un conjugueur et un outil de grammaire. Il s’adapte parfaitement aux logiciels d’édition de texte comme Word. À l’installation, vous définissez votre niveau de compétence en français: plus fournies pour les débutants et concises pour les experts. Contrairement aux outils gratuits, il est bien plus efficace dans la correction des textes et permet d’avoir toutes les explications, les règles et des exemples simples.

Le Robert, référence incontestée, dispose d’une version numérique à télécharger ou d’un système en ligne par abonnement trimestriel ou annuel. Une démo jouable gratuite et limitée est disponible sur leur site web.

Conclusion

Personne n’est à l’abri d’une faute de distraction, d’un mot erroné alors qu’on était certain de son orthographe. Nous avons de nombreux outils à notre disposition pour réduire le risque d’erreur. Autant en profiter pour le plus grand plaisir de nos lecteurs.