Sigles et acronymes

Vous avez sans doute une idée générale du sigle. Il se range couramment dans la catégorie des abréviations. Il se compose d’une suite d’initiales de plusieurs termes. Le sigle se prononce par épellation. Ainsi, le PIB se lit [pe-i-be] et non [p-i-b]. Ce regroupement de lettres est omniprésent dans notre quotidien. Vous en connaissez certainement un bon nombre: SNCF, TVA, SA, SDF… pour n’en citer que quelques-uns. Allons voir plus loin.

L’acronyme

L’acronyme est une évolution du sigle. Non pas que le second est resté à l’état archaïque, mais l’acronyme a changé de forme au fil du temps et de son utilisation. Prenons l’exemple du substantif ovni. Dans les années 70, il se drape d’une forme majestueuse : « O.V.N.I. » (sans oublier le dernier point). Au fil du temps, l’objet volant non identifié perd ses points abréviatifs et gagne en légèreté. Progressivement, il mute en « Ovni » pour enfin devenir « ovni » et entrer dans les dictionnaires usuels. L’acronyme perd ses attributs typographiques et se soumet aux règles d’accord comme tout autre nom commun.

On parle d’acronyme dès l’instant où le sigle se prononce de manière syllabique comme un mot ordinaire. Dans notre exemple, on prononce bien [ɔvni] et non [ɔ-ve-εn-i]. D’autres ont suivi le même chemin comme pacs, smic, sida. Ce n’est évidemment pas systématique. Que deviendrait un PIB sans ses capitales, perdu au milieu d’un texte ?

Sigle ou acronyme ? Il n’est pas toujours aisé de définir la frontière entre les deux. Le cédérom est la forme francisée du sigle devenu acronyme, alors que la forme capitalisée CD-ROM mélange l’épellation (CD) et la lecture syllabique (ROM). L’azerty est un autre casse-tête. Ce mot est lu comme un mot courant en raison de sa longueur, même s’il ne représente que la succession des premières lettres sur un clavier. Le Larousse et Antidote le rangent dans les acronymes alors que le Robert écrit cet adjectif en capitales. Et que dire du TOEFL toujours écrit en capitales (sans points abréviatifs) mais lu comme un acronyme [ˈtɒfəl] ? Ou encore, le CAP diminutif du certificat (belge) d’aptitudes pédagogiques, toujours prononcé comme un sigle alors qu’il pourrait se glisser comme acronyme sans difficulté.

Le sigle

Comme on l’a vu, le sigle est la suite d’initiales de plusieurs mots. Il ne tient pas compte des mots grammaticaux comme de, sur, au. La TVA est la taxe sur la valeur ajoutée. Les exceptions viennent confirmer la règle. Ainsi, certains sigles prennent en compte ces mots de liaison afin d’obtenir une meilleure sonorité : la SDN (Société des nations), l’EELV (Europe Écologie Les Verts).

Autre caractéristique principale, le sigle se compose des initiales de plusieurs mots. Cela ne veut pas dire que tous les mots s’y retrouvent. Dans les appellations à rallonge, le sigle est allégé. Ainsi, l’accord européen relatif au transport international des marchandises dangereuses par route trouve sa contraction en ADR. Inversement, on retrouve des sigles à plusieurs lettres issus d’un seul mot. C’est le cas de l’érythropoïétine, bien connue dans le monde du dopage sportif, prend la forme d’un sigle tant au niveau de sa graphique que de sa prononciation: E.P.O. Certains sigles – connus du grand public ou d’un public cible – ont pris une nouvelle dénomination, sans l’adapter dans sa forme rétrécie. Ainsi, le CARA pour Centre d’adaptation à la route pour automobilistes handicapés s’est converti en Centre d’aptitude à la conduite et d’adaptation des véhicules en évitant de s’appeler le « CACAV ».

Aspects typographiques

Une grande partie des interrogations porte sur la typographie : faut-il mettre des points, des espaces, que faire des traits d’union ? Les réponses ne sont pas catégoriques et définitives. Les ouvrages de référence ne suivent pas toujours le même usage.

Accentuation

On le sait, l’accentuation a pleine valeur orthographique sur les capitales. Les sigles font exception à cette règle en raison de leur autonomie phonétique par rapport aux mots dont ils sont issus. On dit plus intuitivement HEC avec un e et non un é pour Hautes études commerciales. Idem pour l’EDF [e-dé-èf], un TFE [té-èf-e], ou encore l’acronyme FLE [fle]. D’autres respectent la prononciation initiale par facilité de langage  comme l’ENA [éna].

Points abréviatifs

L’usage se passe volontiers des points (CIO). Cependant, il est préférable de les ajouter dans le cas d’une prononciation alphabétique des sigles moins connus  (O.U.A.). C’est également le cas pour des raisons de lisibilité dans un texte en capitales.

Cette histoire de points peut sembler anecdotique. Pourtant, il n’est pas évident de comprendre la logique d’un ouvrage comme le Robert. Bien souvent, les sigles sont repris avec les points abréviatifs (B. C. B. G.). Dans d’autres cas, on trouve la forme sans point (FMI, GPS) ou encore les deux formes (S. M. S. ou SMS). La forme épurée des sigles courants est souvent préférée pour une question de facilité.

Traits d’union

Les traits d’union sont généralement ignorés. Le Bon usage l’utilise dans certains cas (P. -D. G., W-C). Certaines abréviations normalisées s’écrivent avec le trait d’union (J.-C.).

Espace

Aucun espace, tous les éléments sont soudés. C’est du moins la pratique la plus courante et confirmée par le Ramat. Il est à noter que le Robert met des espaces insécables après les points (B. C. B. G., B. D., C. R. S., C. Q. F. D.) tout comme le Bon usage. Je trouve cette forme particulièrement peu esthétique d’un point de vue typographique.

Capitales

Les sigles sont écrits en capitales, a fortiori en l’absence de points abréviatifs. Cette distinction typographique permet de les repérer et de ne pas les confondre avec un mot courant. Seuls les sigles en mutation vers des acronymes conservent parfois leur majuscule (Erasmus).

La recherche graphique d’un logo échappe à cette contrainte. Libre au graphiste d’interpréter comme bon lui semble et d’user ou non des capitales. Le but principal du logotype est d’insuffler une identité visuelle personnelle à une marque. Dans certains cas, ce travail esthétique a des effets sur la retranscription du sigle dans du contenu textuel. Ainsi, le parti démocrate humaniste belge cdH souhaite valoriser la dimension humaniste en choisissant de capitaliser uniquement le h.

Capture la Libre
⏩ capture lalibre.be

Langue du sigle

La signification des sigles du quotidien est souvent en langue française. L’anglais se trouve plus volontiers dans les domaines techniques, l’allemand dans le secteur automobile, etc. La méconnaissance des significations nous amène parfois à confondre l’origine. L’ABS est bien un sigle allemand et non anglais. À Bruxelles, on parle souvent de la KBR pour désigner la Bibliothèque royale de Belgique (BRB). On trouve des sigles plus rares en latin comme RIP pour Requiescat in pace (Qu’il/elle repose en paix).

Bien évidemment, le sigle est fonction du pays, de la région. Notre Société des transports intercommunaux de Bruxelles porte le sigle STIB pour les francophones. Il est souvent lu comme un acronyme [stib]. En flamand, la société devient « MIVB » que l’on énonce comme un sigle. En anglais, c’est un mix des deux: version francophone mais énonciation comme un sigle: [ès-ti-aï-bi]. Pour une raison mystérieuse, la société a choisi le sigle en français pour la version anglophone de son site internet.

Capture du site web de la STIB
⏩ capture du site web de la STIB

Un autre exemple cocasse à épingler est celui du sigle UTC utilisé pour les fuseaux horaires. Vient-il de l’anglais ou du français ? En réalité, il s’agit d’un compromis entre les deux langues. En français, le Temps Universel Coordonné s’abrège TUC. En anglais, le sigle originel est CUT pour Coordinated Universal Time. Pour mettre tout le monde d’accord sur la langue, les experts des télécommunications ont créé cet hybride UTC.

La connaissance de la langue est important notamment dans le code source des pages internet. Elle apporte une indication précieuse aux robots dont la principale activité est d’analyser et interpréter le contenu d’une page HTML. Le code à utiliser pour une langue donnée est standardisé (cf. ISO 639-1).

<abbr title="Schutzstaffel" lang="de">S.S.</abbr>
<abbr title="United States of America" lang="en">USA</abbr>

Prononciation et langue

Contrairement à une abréviation, un sigle se lit par épellation. Chacune des lettres est énoncée individuellement sur base de notre alphabet latin. Le JT se prononce [gi-té]. La PJ se lit [pé-gi]. Dans d’autres cas, la prononciation de la langue respecte l’origine du sigle  : MTV, BBC. Le choix d’une langue n’est pas toujours très clair. On ne comprend pas bien pourquoi le FBI prend une couleur anglo-saxonne [èf-bi-aï], alors que la CIA trouve une prononciation française [sé-i-a].

En Belgique, pays multilingue, le sigle du parti politique flamand CD&V se lit en néerlandais [cé-dé-èn-vé »] des deux côtés du territoire. Autre particularité, le w est parfois prononcé comme en néerlandais [wé] (W-C [wé-ssé], BMW (bé-èm-wé]) alors que le club sportif bruxellois RWDM se dit sans déformation de la consonne. Le e est prononcé en flamand: ONE [o-èn-é], ALE [a-èl-é].

Sigle à une seule initiale

Par définition, le sigle comporte plusieurs lettres. Pourtant, certains ouvrages classifient l’abréviation d’une lettre comme sigle dans la mesure où cette dernière est lue par épellation. Le système D se réfère à la débrouille. Le jour J (D-Day en anglais) fait référence au débarquement en Normandie, mais aussi à un moment précis programmé. Le plan B n’est autre qu’un plan de secours au plan initialement prévu. Détaler à vitesse grand V est une expression commune pour insister sur la rapidité. Une série B est un film de piètre qualité.

Pluriel et genre

Contrairement à l’anglais, les sigles ne prennent pas la marque du pluriel. Seule exception, les acronymes francisés. On écrit donc « des OGM » mais « des ovnis ».

Le genre dépend du premier mot du sigle. « Un CDD » n’est autre qu’un contrat à durée déterminée. Par ignorance, certains sigles ont changé de sexe. On entend plus volontiers parler d’« un HLM » quand bien même il désigne une habitation au loyer modéré. « Les CRS » désignent initialement les compagnies républicaines [françaises] de sécurité. Par métonymie, le policier a pris le nom du sigle : « un CRS ». Il convient de respecter au mieux le genre. On entend de temps à autre parler « du PAF » pour une soirée, alors que le sigle désigne une participation aux frais.

Les sigles, dont l’origine est étrangère, héritent du genre du substantif principal en français. Le CD s’est rapidement fait volé la vedette par le DVD. En revanche, le VIP reste masculin malgré sa personne très importante.

Dérivés

Entrés dans le langage courant, certains sigles produisent des dérivés : nom, adjectif, verbe. Le cégétiste est membre d’un syndicat français. Le RMIste [¹] (ou érémiste) vit, tant bien que mal, de ses faibles revenus. Il en existe toute une flopée d’autres: sidéen, onusien, bédéphile, se pacser, smicard, etc.

La science des ovnis aurait pu donner l’« ovnilogie ». Dans ce cas précis, les dérivés sont construits sur la forme originale anglaise « UFO ». Le sigle a donné naissance à l’ufologie pour la science et ufologue pour le spécialiste.

Forme longue

Afin d’être correctement compris, l’auteur d’un article veillera à expliciter le sigle dès la première occurrence et a fortiori s’il s’adresse à un large public. Cela évitera également le risque de confusion en cas de polysémie du sigle. Par exemple, l’IMC peut être l’indice de masse corporelle ou un infirme moteur cérébral. En général, le contexte limite le risque de confusion à moins de provoquer un jeu de mots: SDF pour sans domicile fixe ou stade de France ?

Au niveau de la présentation, on retrouve principalement deux formes. Le sigle apparaît en premier suivi de sa signification mise entre parenthèses ou inversement.

L’O.U.A. (Organisation de l’unité africaine) a existé de 1963 à 2002.

Dans sa forme longue, le sigle respectera les règles d’orthotypographie de la langue notamment en ce qui concerne l’usage des capitales.

intervention volontaire de grossesse (IVG)
Intervention Volontaire de Grossesse
produit intérieur brut (PIB)
Produit Intérieur Brut

Sur le web, il est courant de personnaliser la balise <abbr>. L’attribut title donne la description intégrale des initiales. Elle apparait au survol de la souris mais sert également les moteurs de recherche. L’attribut lang précise la langue du sigle en question. Il ne doit être complété uniquement si la langue du sigle diffère de l’encodage définit dans l’entête de la page.

Abréviation, initiale, apocope…

Il est facile de se perdre dans la terminologie. Dans la vie courante, les abréviations sont souvent utilisées pour désigner aussi bien un sigle, un acronyme, une apocope, une unité de mesure ou toute autre forme abrégée d’un mot. Pourtant, chaque terme peut être distingué. Petit récapitulatif…

Comme présenté ci-dessus, le sigle est une suite d’initiales de plusieurs mots. On lit un sigle lettre par lettre. Dans le cas des noms et prénoms, on parlera plutôt des initiales. Les personnalités connues dont le nom est trop compliqué ou trop long n’hésitent pas à les utiliser: PPDA, JCVD, NKM, etc. Un acronyme est un sigle (majuscule initiale, sans points) lu comme un nom courant. Une fois lexicalisé, il est écrit tout en minuscule. L’apocope est la suppression d’une partie du mot pour en faire un nouveau mot. Il ne contient pas de point, il se lit comme il s’écrit et prend la marque du pluriel. On dira une [ôto] (et on écrira auto sans point abréviatif) et des autos, même si le mot initial est « automobile ». Une abréviation est le retranchement d’une ou plusieurs lettres dans un mot. Dans la plupart des cas, on abrège à la première syllabe suivie de la première consonne. À l’oral, on prononce le mot dans son entièreté – contrairement à l’apocope. Personne ne dit [èts] en voyant « etc. », mais plutôt [ètsétéra]. Enfin, l’unité de mesure respecte strictement la typographie. La minute de temps s’écrit « min » (sans point ni majuscule) et pas autrement.

Les sigles dans les dictionnaires et correcteurs

Les dictionnaires répertorient un certain nombre de sigles. Leur prolifération dans la vie courante ou dans les domaines spécialisés ne permettent pas de tous les inventorier. Ce n’est d’ailleurs pas la vocation du dictionnaire. Par conséquent, le lecteur devra sans doute se référer à d’autres sources en cas de doute sur la signification d’un sigle.

Assez logiquement, les sigles de noms communs sont classés dans la partie réservée aux noms communs d’un dictionnaire. On trouve donc ADN dans la première partie (en dépit des majuscules). Il en va de même pour les noms déposés sous forme de sigle, comme ADSL. À l’inverse, les sigles de marques sont rangés dans la partie des noms propres. Par exemple BBC.

Même cacographie pour le correcteur Antidote. Bien souvent, il propose deux formes sans espacement et en capitales (BBC, B.B.C.). On trouve également des cas particuliers sans vraiment comprendre la logique : en bas de casse (b.c.b.g.), espacement (H. S.), trait d’union (S.-F.).

Capture Antidote
⏩ capture du logiciel Antidote

Conclusion

On le voit bien, les sigles sont nombreux (cf. liste des sigles courants) et touchent tous les domaines. Bien qu’on puisse observer des grandes tendances et émettre des généralités, fort est de constater une certaine anarchie dans la démarche d’écriture. Aussi, les dictionnaires et autres ouvrages de référence ne sont pas toujours sur la même longueur d’onde.

[¹] Le RMI a été remplacé par le revenu de solidarité active (RSA) depuis 2005.

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