Madame le ministre

Pas facile de s’y retrouver dans la féminisation des professions. Doit-on dire « le » ou « la » ministre ? Le monde évolué et on observe une adhésion ascendante de la femme à des postes jadis réservés aux hommes. C’est une très bonne. Faut-il dès lors adapter le genre ou le laisser au masculin ?

En français, « ministre » est un nom masculin. En latin, le ministerium est un mot neutre et désigne la fonction de serviteur. À ce sujet, l’Académie française insiste: « L’emploi du féminin dans La ministre, et dans Madame la Ministre, qui est apparu en 1997, constitue une faute d’accord résultant de la confusion de la personne et de la fonction ».

Le genre des mots a été donné de manière arbitraire. Le genre n’est pas à confondre au sexe. Quand je parle d’une table, elle est du genre féminin mais tout le monde sait que l’objet est asexué. Tout comme un accordéon, une église, un tableau… Les choses se compliquent quand on entre dans le vivant. Une mouche est un insecte volant à six pattes. Point barre. Après, peut-être que la mouche est de sexe masculin ou féminin. Seuls les connaisseurs pourront répondre à la question. Il se fait qu’on s’est mis à différencier les mots pour les adapter en fonction du sexe. On comprend bien qu’un lion ne ressemble pas à une lionne, un coq à une poule, un bouc à une chèvre, un dindon à une dinde, etc. À noter qu’on différencie en français l’ours de l’ourse, le tigre de la tigresse alors qu’ils sont semblables visuellement. Quoi qu’il en soit, dès lors qu’on souhaite parler de manière générique, on utilise le genre prévu à cet effet. On dira par exemple se battre comme un lion ou monter sur ses grands chevaux sans que ça heurte quiconque.

Ce même principe d’asexualité, a rapprocher au genre neutre du latin, ne peut-il pas s’adapter aux professions et aux titres ? La salle des professeurs n’exclut nullement d’y trouver également des femmes. Aller chez le médecin ne présuppose pas qu’il s’agisse d’un homme. Même chose pour le boulanger, l’assureur, le professeur… La question est de savoir pourquoi nous avons avons commencé à faire cette distinction. Et si on le fait pour l’un, pourquoi ne pourrait-on pas le faire pour les autres ?

Revenons à nos moutons et le féminin de ministre. Pas évident. Selon la circulaire, le mot ne change pas de forme puisqu’il se termine par un e muet. Seul l’article prend d’autres apparences. On dira donc la ministre, le secrétaire et la comptable. En Belgique, ces formes semblent relativement bien assimilées et les médias n’hésitent pas à les utiliser. En France, c’est plus mitigé et le débat semble toujours animer les féministes, académiciens, auteurs et autres politiques.

Madame la ministre
⏩ capture liberation.fr

Sur le site du CIEP, on trouve un document d’une trentaine de pages sur l’épineuse question du genre: « Madame la Ministre ».

Cette féminisation des titres s’est généralisée au bas de l’échelle sociale (institutrice, directrice d’école), mais semble éprouver des réticences dans les postes à fortes responsabilités pour lesquels les femmes sont très faiblement représentées (ambassadeur, directeur de cabinet). En 1986, Laurent Fabius publiait une circulaire en faveur de la féminisation des noms de métier. Le sénat français comptait moins de 6 % de femmes et le gouvernement à peine 6 femmes pour 45 représentants masculins. Aujourd’hui, ces débats de genre suscitent quelques perturbations.

Les échanges sont parfois tendus entre les élus de droite soucieux de respecter la grammaire (et l’avis de l’Académie française) et les élues de gauche en faveur de la circulaire de 1986. En septembre 2012, Cécile Duflot, ministre et députée française, reprenait un collègue UMP pour l’avoir appelé « Madame le ministre ».

Ce que je sais, c’est que je suis une femme, je vous prierai donc de m’appeler ‘Madame la ministre’, sinon je me verrai dans l’obligation de vous appeler Monsieur le député avec un A, ça fait ‘la députée’, et ce serait aussi désagréable à votre égard qu’au mien. Cécile Duflot

Plus récemment, en mars 2013, Gilbert Collard débute son intervention en parlant de « Madame le Président » pour désigner la présidente de la séance Sandrine Mazetier. M. Collard, député français, tient à sa grammaire et insiste pour désigner « Madame le Président ». Au-delà de son arrogance, que nous disent les dictionnaires ? Pour Larousse, la personne qui préside est « un président, une présidente ». Même chose pour le Robert qui note en plus un usage vieilli pour désigner la femme du président. Pour le TFLi, « président » est un nom masculin pour le cas qui nous occupe. Même son de cloche pour le Girodet qui accepte néanmoins la forme féminisée dans le premier sens du mot. Enfin, l’Académie [¹] campe sur ses positions et insiste pour ne pas confondre genre et fonction.

[¹] Les mauvaises langues diront que l’Académie est composée d’une écrasante majorités d’hommes. Certes, mais les femmes ont bien leur place… et pas des moindres. On trouve d’ailleurs une dame au poste de Secrétaire perpétuel.

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