L’abréviation absurde de « monsieur »

Le sujet des abréviations est vaste et il y a des choses à dire. Rien que l’abréviation de « monsieur » fait couler beaucoup d’encre sur les forums et autres blogs. Le retranchement correct est « M. » (majuscule et point abréviatif) un point c’est tout. La règle est là et il faut s’en accommoder quand bien même on n’est pas d’accord. C’est là tout l’intérêt du code typographique; permettre à un groupe de se comprendre grâce à une base commune.

Alors, quel est le problème avec cette abréviation ? Pour la petite histoire, Grevisse précise qu’à partir de 1762, l’Académie française opte pour l’abréviation « M. » alors qu’elle préconisait « Mr » et même « Mr. ». L’histoire ne donne pas les raisons de ce changement. Aujourd’hui, très peu se soucient de cette volte-face. Même les adeptes de la réforme orthographique sont passés à côté. C’est dire qu’il laisse relativement indifférent.

Pour y voir clair, observons la méthode utilisée pour les différentes civilités.

Monsieur M.
Messieurs MM.
Madame Mme
Mesdames Mmes
Mademoiselle Mlle
Mesdemoiselles Mlles

Toutes les civilités (exceptés Monsieur et Messieurs) suivent la règle du retranchement médian; on garde la lettre initiale ainsi que les dernières lettres. Nul besoin d’un point abréviatif. Dans la mesure du possible, les dernières lettres sont mises en hauteur. D’autres abréviations comme « Dr » (docteur) ou « Pr » (professeur) suivent également cette règle. Voilà donc un second élément qui ne plaide pas en faveur du « M. ». Continuons notre bonhomme de chemin.

D’aucuns diront que l’abréviation de « Mr » est la forme abrégée de « Mister » en anglais. Ah bon ? Et pourquoi notre belle langue française utilise-t-elle un mot anglais pour faire une abréviation en français ? Si cette abréviation correspond à « Mister », il est fort à parier que « Misters » s’écrive « Mrs » dans sa forme abrégée. Or, « Mrs » (sans point) est l’abréviation pour « Mistress » (Madame).

Notons au passage la forme au pluriel avec le redoublement de la lettre initiale et un point abréviatif: « MM. ». Cette façon de former le pluriel est tiré des règles typographiques de l’Imprimerie nationale française. Pourtant, on trouve quelques pages plus loin une contradiction: « On proscrira la répétition des signes ou des lettres pour indiquer la pluralité ».

Enfin, l’abréviation en vigueur en bon français est susceptible de créer la confusion dans certains cas. Imaginons un journaliste reprendre les propos d’un politique de l’extrême droite. La citation est — en principe — suivie du nom de l’auteur. Que faut-il comprendre face à « M. Le Pen » ? S’agit-il de l’initiale du prénom de Marine ou l’abréviation de monsieur ?

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