Les ligatures linguistiques

En linguistique, un digramme est la combinaison de deux lettres pour former un seul graphème et un seul phonème. L’association des lettres ch est une représentation courante en français et nous savons qu’elle produit un son particulier. La ligature est un digramme car elle représente deux caractères distincts et produit un son particulier dans certains cas. En l’observant bien, les deux signes fusionnent en partie. De cette manière, la ligature doit être considérée comme un seul et même signe [¹]. Elle possède d’ailleurs un code précis en informatique.

On différencie les ligatures esthétiques (ff, fl, fi) et les ligatures linguistiques ou orthographiques (œ, æ). Les premières sont facultatives et très peu usitées dans les textes courants. Elles apparaissent dans les documents soignés et offrent une harmonie des formes afin d’éviter la collision dans leur partie supérieure. Les secondes sont obligatoires [²] et modifient la prononciation des mots.

Ligatures oe et ae
⏩ ligatures œ et æ

Les ligatures sont souvent délaissées par les utilisateurs, souvent en raison de leur relative accessibilité. Seuls les correcteurs, secrétaires de rédaction et autres éditeurs prennent la peine de les remplacer systématiquement. À noter qu’elles existent en minuscules mais aussi en capitales. Les deux signes sont alors capitalisés : le complexe d’Œudipe. C’est important notamment pour les rares lettrines. Dans ce cas, le couple de voyelles est mis en retrait par rapport au pavé de texte et agrandi au même titre qu’une autre lettre.

La ligature en informatique

La ligature existe depuis fort longtemps. On la retrouve à profusion à l’époque des moines copistes. Elles apparaissent plus tard dans les cassetins des imprimeurs. Propres à notre alphabet, elles seront ignorées par les machines à écrire souvent d’origine anglaise [²]. L’avènement de l’informatique a rendu un second souffle mais ces caractères posent encore de nombreux problèmes. On se rappelle par exemple de l’oubli de la ligature œ dans le jeu de caractères du français (ISO Latin-1).

Inutile de cherche la ligature sur son clavier d’ordinateur. À l’exception de l’arobase (@) et de l’esperluette (&), elles n’apparaissent pas. Il faut donc entamer une recherche pour découvrir son code ou utiliser un éditeur de texte capable de substituer les signes à la volée… du moins si le dessin est prévu dans le fichier de la police d’écriture. En pratique, et surtout sur internet, on observe régulièrement des petits soucis d’affichage. Ce bel exemple tiré du site du dictionnaire Le Robert.

Capture Le Robert
⏩ capture lerobert.com

Depuis cette capture d’écran, le gestionnaire du site a choisi d’omettre les ligatures aussi bien dans les titres que le texte courant. Étonnant pour une maison aussi prestigieuse censée montrer l’exemple. Ce n’est pas la seule à éprouver des difficultés. Ainsi, le TLFi se passe volontiers des ligatures œ alors qu’elles ont pleine valeur orthographique.

Capture TLFi
⏩ capture cnrtl.fr

Ce choix est en partie compréhensible. Ignorées dans l’usage par le grand public, la recherche se fait essentiellement sur les mots non ligaturés. Un moteur de recherche rudimentaire ne donne pas les mêmes résultats. Dans un document Word, une recherche à « soeur » ne trouve pas « sœur ». D’autres, comme Wikipédia ou le correcteur Anitdote, proposent logiquement une redirection.

Voici donc un tableau à l’usage des éditeurs de sites web. Ceux qui souhaitent les écrire dans un document, les caractères spéciaux sont accessibles en tapant Alt + 0 + le code HTML. Autrement dit, la ligature « œ » s’obtient par les touches Alt + 0156.

caractère HTML    HTML    exemples
œ œ œ bœuf, cœur, cœlacanthe, fœtus, mœurs, œcuménisme, œdème, œil, œillets, œnologie, œsophage, œuf, sœur, vœux
Œ Œ Œ Œdipe
æ æ æ ad vitam æternam, æthuse, cæcal, curriculum vitæ, ex æquo, mélæna, nævus, tænia
Æ Æ Æ

Ligature… ou pas

Comme nous l’avons déjà dit, les ligatures esthétiques sont facultatives. Les polices expertes permettent aux graphistes de sublimer le mariage de ces doubles ou triples lettres. Il en va ainsi pour toutes les suites de lettres fi, fl ou ff. Ce n’est pas le cas pour les ligatures linguistiques ! Un o ou un a suivi d’un e ne donne pas forcément une ligature. Sur les 270 mots composés des voyelles o + e, seulement un tiers contiennent ce caractère spécial. On écrit bien coexistence (préfixe co-), Groenland (combinaison de deux mots néerlandais) aérien (préfixe latin aér-) ou encore moelle, moelleux, goéland, Noël.

Il faut donc apprendre à faire la distinction entre les deux. Nous sommes suffisamment familiarisés avec la langue pour les reconnaître. Certaines locutions latines posent problème et ne comptons pas sur les dictionnaires pour trancher. On trouve ad vitam æternam, curriculum vitæ, et lapsus linguæ dans le Robert alors que le Larousse n’admet pas la ligature. Inversement, le Robert omet la fusion pour foehn, contrairement au Larousse.

Cette distinction étant faite, on peut s’attarder sur ces ligatures orthographiques. Selon Wikipédia, elles sont obligatoires et normalisées. Dans la mesure où elles jouent un rôle dans la prononciation du mot, la façon de les écrire est primordiale. À ce titre, leur absence peut être considérée comme une faute d’orthographe. À ce sujet, la réforme y a mis son grain de sel puisqu’elle recommande l’écriture simplifiée entre deux graphiques. Ainsi, elle conseille célacanthe plutôt que « cœlacanthe », ou encore ténia à la place de « tænia ».

Prononciation de l’e dans l’o

Dans la mesure où ce digramme a pleine valeur orthographique, il convient de le lire correctement pour les mots épelés. On ne dit pas « une ligature oe » mais « l’e dans l’o ». Cette spécificité de l’oral entraîne parfois la confusion quand le mot est épelé. L’apprenant commence à dessiner un e et se rendre compte ensuite qu’il s’agit d’une ligature. Dans une optique pédagogique, on peut dire « o et l’e dans l’o ». Il en va de même pour la ligature æ : « e dans l’a » ou encore « a, e dans l’a » comme chantait Serge Gainsbourg avec Lætitia.

Le couple « œ » ou « æ » engendre inévitablement la question de la prononciation. Nous (natifs francophones) n’avons pas beaucoup de difficulté à prononcer « œuf », « œil » et depuis la maternelle on nous apprend à dire un bœuf [bef], des bœufs [beu]. En revanche, nous hésitons ou nous prononçons fautivement d’autres mots courants. Il faut dire que les règles de prononciation ne sont pas très précises et les ouvrages sont parfois contradictoires. J’ai trouvé une réponse à la Banque de dépannage linguistique.

  • œ + consonne = [é] (œsophage, œcuménique, œdème, Œdipe, fœtus, œnologie)
  • œ + st = [è] (œstrogène)
  • œ + u, i = [e] (bœuf, sœur, manœuvre, mœurs, œuf, œil, cœur, chœur)
  • œ + u en fin de syllabe = [eu] (nœud, vœu, œufs)
  • æ + consonne = [é] (Lætitia, curriculum vitæ, ad vitam æternam, ex æquo)

[¹] Dans le classement alphabétique (dictionnaires), on ne tient pas compte de la ligature. Ainsi, « cœur » se trouve entre coercitif et coexister.
[²] Voir aussi : « De la machine à écrire au clavier »

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