Accords du participe passé

Quand on s’intéresse à l’orthographe, vient un moment où il faut inévitablement aborder la question des participes passés. Il y en a partout et tout le temps. Difficile de passer à côté. C’est sans doute le risque d’erreur le plus important. Regardons ça de plus près.

1. Participe passé employé seul

Le plus simple pour commencer: le participe passé est employé seul, c’est-à-dire sans auxiliaire (être ou avoir), s’accorde en genre et en nombre avec le mot auquel il se rapporte. Ici, on ne se casse pas la tête avec de COD.

Des fleurs séchées.

2. Participe passé employé avec ÊTRE

Pas plus compliqué, le participe passé employé avec être s’accorde en genre et en nombre avec son sujet.

Les tables sont déjà dressées pour le banquet de demain.

Le genre du sujet n’est pas toujours aussi explicite. Parfois, il se cache derrière un pronom personnel ou relatif.

  • Je et tu masculin ou féminin
  • Nous et vous masculin pluriel ou féminin pluriel
  • Vous (formule de politesse) masculin ou féminin singulier
  • Qui masculin ou féminin singulier et masculin ou féminin pluriel

3.1 Participe passé des verbes pronominaux

Ah! nous voilà dans une partie un peu plus corsée. Qu’est ce qu’un verbe pronominal ? Dans pronominal on entend pronom, c’est-à-dire tous les verbes avec la particule se devant: se promener, se laver, se maquiller… Petite particularité de ces verbes; ils se conjuguent toujours avec être: je me suis promené, tu t’es lavé, elle s’est maquillée… Et pour l’accorde on fait comme si c’était un verbe normal conjugué avec avoir.

Elles se sont maquillées.

Elles ont maquillé qui ? se mis à la place de elles. Le COD précède le participe passé donc on accorde.

Elles se sont maquillé les yeux.

Elles ont maquillé quoi ? leurs yeux donc invariable puisque placé derrière le participe passé. Dans ce cas, il existe un COD mais aussi un COI: se (elles ont maquillé les yeux de qui ?) mis pour elles. Et un COI en compagnie d’un COD s’efface et devient un COS (complément d’objet second).

Les verbes essentiellement pronominaux (VEP). Ils concernent tous les verbes dont on ne peut se défaire de la particule se: se suicider, se méfier, se souvenir, s’enfuir, etc.* Suicider n’existe pas. On ne suicide pas quelqu’un. Dès lors, on ne peut transformer l’auxiliaire être en avoir pour les VEP. Ils s’accordent donc en genre et en nombre avec le sujet.

Lucie s’est méfiée de son voisin.

* Il existe aussi des verbes occasionnellement pronominaux: regarder, se regarder.

3. Participe passé employé avec AVOIR

Les choses sérieuses commencent. Ici, plus question d’accorder avec le sujet mais avec le COD (complément d’objet direct). Pour connaître le COD, on pose la question « Qui ? » ou « Quoi ? ». On accorde uniquement si celui-ci est placé avant le participe passé.

Ma grand-mère avait accroché la marmite à la crémaillère.

Dans cet exemple, on se trouve devant un participe passé utilisé avec le verbe avoir (avait accroché). Ma grand-mère est le sujet. Pour le COD, on pose la question: « Ma grand-mère avait accroché quoi ? la marmitte». Marmite est donc le COD. Il est placé après le participe passé. Donc, invariable.

Attention ! Dans certains cas, il n’y a pas de COD. S’il n’existe pas, difficile de faire l’accord. Dans d’autres cas, il est présent mais dans une phrase antérieure. Ce n’est pas un problème. Au moment de poser la question qui, quoi a-t-on connaissance du COD ? Si oui, on accorde tout simplement.

Les indices avaient disparu. Je ne sais qui les avait effacés.

Dans la première partie de l’exemple, les indices est sujet et il n’y a pas de COD. Donc on n’accorde pas. Dans la seconde partie, le COD est les mis pour les indices. Ces derniers précèdent bien le participe passé, donc on accorde au masculin pluriel.

Attention à ne pas confondre COD et COI. Le COI (complément d’objet indirect) répond aux questions « de qui ? de quoi ? à qui ? à quoi ? ». Dans le premier exemple ci-dessous, nous est COI et il n’y a pas lieu d’accorder. Par contre, dans le second exemple, rendez-vous est COD mis avant le participe passé donc on accorde.

Vous nous avez manqué.
Les rendez-vous que vous avez manqués.

3.1 Participe passé suivi d’un infinitif

Tout serait trop beau si la règle se terminait ici. Quand vous avez repéré qu’il s’agit d’un participe passé employé avec l’auxiliaire AVOIR, il convient d’être attentif aux mots qui suivent. Le participe passé est-il suivi d’un infinitif ? Non, on accorde comme vu précédemment. Oui, alors on accorde uniquement si le COD fait l’action de l’infinitif.

Les filles que nous avons vues s’enfuir

Dans cet exemple, s’enfuir est un infinitif. Est-ce que le COD (les filles) fait l’action de l’infinitif (s’enfuir) ? Oui. Donc, on accorde avec le COD.

Les derniers films que j’ai vu projeter dans cette salle…

Dans cet exemple, projeter est un infinitif. Est-ce que le COD (les derniers films) fait l’action de l’infinitif (projeter) ? Non, ce ne sont pas les films qui projettent. Donc, on n’accorde pas.

Attention, si l’infinitif est précédé d’une préposition (à), on accorde selon la règle générale (accord avec le COD s’il précède le participe passé).

Les journées que j’ai passées à l’observer ne m’ont apporté…

Dans cet exemple, observer est un infinitif mais il est précédé de la préposition à donc on se réfère à la règle générale.

3.2 Cas particuliers

Dans un certain nombre de cas, le participe passé utilisé avec avoir est invariable quand:

¶ le COD est une proposition ou un infinitif sous-entendus

Ils n’ont pas récolté les carottes qu’ils avaient espéré.

Dans cet exemple, ils avaient espéré quoi ? récolter les carottes.

¶ le COD est le pronom « l’ » représentant une proposition

Toutes ces difficultés étaient moins ardues qu’il ne l’avait supposé.

Dans cet exemple, il avait supporté quoi ? « l’ » mis pour « que les difficultés seraient ardues ».

¶ le COD est le pronom « en »

Faites-moi confiance, j’ai récolté ces champignons et j’en ai déjà mangé.

Dans cet exemple, j’ai déjà mangé quoi ? « en » mis pour « champignons ».

Exception: si « en » est précédé d’un adverbe de quantité alors on accorde normalement.

Des soucoupes volantes, combien en avez-vous déjà vues ?

Dans cet exemple, le COD est « en » mis pour « champignons » mais il est précédé de l’adverbe « combien ». Donc, on accorde simplement avec le COD.

Enfin, le participe passé des verbes impersonnels ou employés impersonnellement reste invariable.

Que de pages il a fallu lire pour comprendre cette histoire !

3.3 Verbes d’état

Avec un verbe d’état, il n’y a pas de COD donc pas d’accord.

Marie semble pensive.

Dans cette phrase, semble est un verbe d’état qui introduit un attribut. Pensive appartient à Marie et il n’y a pas lieu de se poser la question du COD.

À lire également: « Formation du participe passé ».

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s