Le texte se justifie-t-il ?

On le sait, le premier élément jugé par les lecteurs est la présentation des textes. La silhouette des blocs est un incitant ou un frein à la lecture. Ensuite seulement, ils jugeront du contenu. De cette manière, les professionnels du papier personnalisent chaque bloc de texte pour rendre le gris typographique le plus agréable possible. Sur le web ces ajustements précis ne sont pas possibles et les navigateurs ne gèrent pas la césure automatique [¹].

Lisibilité ou esthétique, il faut choisir

L’alignement d’un texte se fait à gauche, à droite, centré ou justifié [²]. Dans un navigateur, le texte est aligné par défaut à gauche et c’est très bien comme ça. Les paragraphes alignés à droite ou centrés diminuent la lisibilité et fatigue la lecture. Ils conviennent bien pour des textes courts: titre, surtitre, légende, annotation.

Un texte justifié est un texte dont la longueur des lignes est identique pour un même paragraphe, à l’exception de la dernière ligne. Pour réaliser une telle disposition, le logiciel ajoute des espaces plus ou moins importants entre les lettres et entre les mots. Des études sérieuses ont démontré qu’un texte en drapeau est plus accessible à l’œil. Les fins de lignes servent de repère visuel. D’un point de vue esthétique, un alignement justifié donne un résultat plus agréable et une impression de plus grande régularité.

La justification en pratique

En août 2006, le Figaro en ligne disposait par défaut ses articles en une seule colonne de 340 pixels de large. Le lecteur avait la possibilité d’afficher le contenu en colonne de 200 pixels. Sur l’image de gauche, le texte est aligné à gauche et laisse apparaître d’énormes blancs en fin de ligne. L’idée du drapeau prend ici tout son sens. Pour une si petite colonne, les écarts sont énormes et forme un tout peu homogène. Sur l’image de droite, le même texte est justifié sans césure automatique. Le résultat fait apparaître d’énormes trous inacceptables dans une typographie soignée. Plissez des yeux pour vous rendre compte du phénomène de perforation. Dans ce cas pratique, un alignement à gauche n’est pas élégant mais nettement préférable au texte justifié.

Capture Le Figaro
Lefigaro.fr – Capture originale à gauche (28/08/06)

Toujours sur le même site, on trouvait des alignements aléatoires. Tantôt à gauche, tantôt centrés (voir l’image ci-dessous). Pourquoi ce choix ? Pourquoi avoir choisi une disposition peu esthétique et indigeste à lire ?

Capture Le Figaro
Capture Lefigaro.fr (28/08/06)

Trouver la bonne longueur de ligne

Vous l’avez compris, plus la ligne est longue et plus petits sont les défauts puisque les blancs sont mieux répartis entre les mots. Mais il ne faudrait pas tomber dans l’extrême inverse, à savoir des lignes interminables comme on en retrouve dans les mises en page fluides. Après quelques tests, il semble que la limite soit atteinte aux alentours de 500 pixels de large. La composition donne un rendu soigné et agréable. Elle ne souffre pas de l’effet accordéon et les espaces dans le texte sont raisonnables. La lisibilité n’en est pas trop affectée puisque le travail de l’œil pour revenir en début de ligne n’est pas trop long. Ci-dessous, un texte sans justification suivi du même texte avec une justification.

Texte à 500px

Les limites du navigateur

Un logiciel de mise en page, le graphiste peut gérer précisément la césure, l’interlettrage et l’approche entre les mots dans un contenu justifié ou peut faire appel aux réglages automatiques du programme. Ce dernier crée des césures automatiques en fin de ligne en se basant sur un dictionnaire interne. Sur le web, les navigateurs n’ont pas ce potentiel. D’ailleurs, ça rendrait l’interface assez lourde puisqu’elle devrait sans cesse s’adapter à la mise en page dès lors que l’espace est redimensionné.

À gauche, le navigateur justifie le texte (Arial 16 pt) sans créer de césures. Les blancs sont nombreux, horriblement longs et on peut voir apparaître des lézardes. À droite, Photoshop sectionne correctement les mots trop longs en fin de ligne. Le résultat est satisfaisant mais perfectible.

Texte justifié et lézardes

Malgré tout, si vous persistez à vouloir couper vos mots, n’utilisez pas le trait d’union mais le tiret conditionnel (­ ou ­­). Ça vous évitera d’avoir un mot en deux parties errant dans le texte comme une âme en peine. Petite précision qui a son importance, cette solution ne fonctionne que sur Internet Explorer.

Conclusion

Un logiciel de PAO est un outil performant et plus encore lorsqu’il est sous la direction d’un professionnel du métier. Cela permet d’afficher du texte justifié en colonne sans trop de problèmes. Il suffit d’ouvrir un quotidien pour s’en rendre compte. Par contre, un navigateur web ne gère pas ce procédé. Il devient donc extrêmement délicat d’imposer une justification surtout pour des lignes courtes. L’alignement traditionnel à gauche est un choix judicieux et souvent plus pertinent surtout à l’heure de la multiplicité des supports: écran d’ordinateur, TV, projecteur, iPod, etc.

[¹] À lire sur le même sujet: « Coupures dans le texte »
[²] Dans le même registre: « L’alignement du texte »

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s