Physiologie de la lecture

Les auteurs du livre « Lisibilité des sites web » décrivent de manière théorique le processus de lecture. Pour un grand nombre d’entre nous, la lecture est un geste quotidien et facile. Nous sommes entraînés à reconnaître des mots pour ensuite les interpréter et leur donner un sens. Pourtant, il s’agit d’un mécanisme complexe et tout n’est pas encore maîtrisé par la science.

De manière générale, on distingue plusieurs étapes dans le processus de lecture:

  • Les lettres sont d’abord perçues. Le contraste entre la couleur de fond et la couleur du texte (souvent noir sur fond blanc) permet de visualiser des formes.
  • Ces lettres sont ensuite reconnues grâce à notre connaissance de l’alphabet. Ensemble, elles forment des mots. Chaque mot épouse une forme particulière. Un mot familier est rapidement reconnu en le comparant à un registre stocké en mémoire. Enfin, chaque mot évoque une signification, un sens particulier.
  • Reconnu, le mot est associé à sa forme auditive – présente dans notre base de donnée personnelle – et à la manière de les prononcer.
  • Le mot peut alors être exprimé vocalement si nécessaire grâce à notre stock de phonèmes (son émis).

Ce système, décrié par certains, est un système de reconnaissance dit par adressage. Chaque étape fait appel à un ensemble de connaissances accumulées et parfaitement assimilées. Dans le cas d’un mot étranger, la lecture est beaucoup plus lente et saccadée. Comme un enfant qui apprend à lire, chaque lettre est identifiée une par une et associée à un son. C’est le processus d’assemblage.

L’identification des lettres et des mots

La lecture n’est donc pas la reconnaissance de chaque lettre et sa position dans le mot. Nous aurions en mémoire la forme des mots de telle manière que nous serions capables d’identifier un mot connu facilement et rapidement sans lire chaque lettre individuellement. La silhouette des mots facilite leur reconnaissance. Pour ces raisons, les professeurs et les correcteurs typographes doivent se concentrer davantage lorsqu’ils corrigent des copies, des épreuves. La lecture est minutieuse et se fait signe par signe pour débusquer les petites (grosses) coquilles.

Silhouette d'un mot

La forme a plus d’importance dans la mesure où le mot est reconnu. On peut même pousser le bouchon un peu plus loin en disant que l’ordre des lettres a peu d’effet sur la lecture pour autant que la première et la dernière lettre de chaque mot soient conservées.

« Sleon une édtue de l’Uvinertisé de Cmabrigde, l’odrre des lrttees dnas un mot n’a pas d’ipmrotncae, la suele coshe ipmrotnate est que la pmeirère et la drenèire sionet à la bnnoe pclae. Le rsete puet êrte dnas un dsérodre ttoal et vuos puoevz tujoruos lrie snas porbèlme. C’set prcae que le creaveu hmuain ne lit pas chuaqe ltrete elle -mmêe, mias le mot cmome un tuot. »

On l’a vu, notre bagage culturel et notre connaissance de la langue facilitent la lecture. Il est aisé de lire un mot existant et largement répandu: « ordinateur ». Il est moins aisé de lire un mot existant mais plus rare: « rudération ». Il devient laborieux de lire et prononcer sans erreur un mot inexistant « trndreiuo ». Ces trois mots sont des anagrammes et la place de chaque lettre montre bien que le mélange complet ne fonctionne plus.

Les mouvements oculaires

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’œil ne lit pas mot à mot le contenu d’un texte mais fonctionne par saccades et fixations. On estime qu’une saccade parcourt environ 8 caractères pour un texte courant et la fixation dure environ 200 millisecondes. Notre regard est principalement attiré par le premier tiers des mots. Les bonds sont plus ou moins grands en fonction de la compréhension, du contexte et du phénomène d’anticipation. Le regard revient en arrière lorsque la reconnaissance dérape ou le sens semble erroné.

Lecture par saccades et fixations

Pendant la lecture, la fixation suit un axe horizontal. Émile Javal, pionnier de l’étude de la physiologie de la lecture [¹], met en lumière une reconnaissance plus aisée des signes dans la partie haute. En effet, c’est l’endroit où naissent les capitales, les ascendantes (plus nombreuses que les descendantes) et les accentuations. Cette meilleure reconnaissance est plus efficace encore avec une police à empattements. Pour la petite anecdote, en 1843, Me Leclair déposait un brevet pour réduire les frais d’impression à la partie haute des lignes…

Dans l’exemple suivant, êtes-vous capable de deviner les quelques mots avec la partie inférieure  ? Pas évident. On se demande même si le texte est écrit en français. Essayez maintenant avec la partie haute.

Ligne coupée sur sa ligne de pied

Malgré une reconnaissance aisée des mots amputés de leur partie inférieure, tous les caractères ne sont pas reconnaissables individuellement. Difficile de faire la différence entre un i et un j, un b et un h ou encore un n et un p.

[¹] Physiologie de la lecture et de l’écriture, Émile Javal (F. Alcan, 1905)

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